mercredi 15 mars 2000

Lettre à Bernard Descôteaux - Journal Le Devoir

Montréal, le 15 mars   2000   (Refus de publication par Le Devoir)


Monsieur Bernard Descôteaux
Directeur

JOURNAL LE DEVOIR



OBJET :                    Votre réponse à mes lettres

Monsieur,
Je donne suite à votre lettre du 13 mars, laquelle n’arrive pas à m’éclairer!   J’en suis à me demander si, eu égard au point de chute du  regard  à partir de votre fauteuil de directeur,  il  vous est possible de cerner l’ombre et ses voies de garage?   Cela dit, en tenant compte de la nécessité de déléguer les responsabilités!

Je ne mets en cause ni l’intégrité ou l’écoute de Madame des Rivières, ni votre désir d’ouvrir à l’actualité.  Mais il faut se demander s’il y a malentendu autour des mots.  Par exemple, que veut dire le mot « actualité » à l’intérieur d’un jour, d’un mois, d’un trimestre, d’une année tant pour le journal que pour vos lecteurs-lectrices?   Pour ma part, j’ai fait une rétrospective sur ce qui fut orienté vers Le Devoir ces dernières années.  Les textes me semblent tout à fait d’actualité pour la période, voire toujours d’actualité, mais la majorité des textes est passée à la voie de garage.

Monsieur le Directeur, je suis une militante mais aussi une intellectuelle convaincue de la nécessité des liens entre les différentes instances.  Ce qui me fait dire que votre journal gagnerait à être plus proche du terrain.   Vous n’ignorez pas que le mondialisme provoque des mutations sur un ensemble d’horizons et  que les journaux dédiés aux idées se doivent de veiller au grain.   Vous n’ignorez pas que Le Devoir est un journal ayant  plus d’affinités avec les idées qu’avec le terreau et ses fibres.   Et pourtant, il y a des appariements nécessaires à toute mutation.  C’est pourquoi, à l’heure du mondialisme il serait important de miser sur ces appariements entre idéaux et terreaux (syndicalisme – travail en mutation – économie sociale  et pauvreté,  technologies et transformations du pouvoir face au citoyen ordinaire, etc) afin de provoquer des solidarités autour de différentes plates-formes. Également dans une vision permettant de briser l’isolement des citoyens et des sociétés. Bref, malgré les erreurs d’un passé récent quant aux appariements entre intellectuels et base (marxisme)  il faut y voir une pratique de valeurs essentielles à la transformation de nos sociétés humaines.

Certains textes n’auront pu aller jusqu’à la publication, malgré des démarches!  Dans certains cas, et compte tenu de mes intérêts pour le propos,  les démarches aboutissaient à un refus verbal me signifiant un sujet  considéré comme  « trop pointu » ou « non pertinent » pour le Devoir.    Cependant,  malgré certaines suggestions du responsable de la tribune d’alors, suggestions valables à première vue,  je ne pouvais toujours m’orienter vers les revues spécialisées.   D’une part, parce qu’on y met des barrières à la libre expression autour du syndicalisme;  d’autre part, parce que je me considère militante désireuse de favoriser l’élargissement de la réflexion par delà les milieux essentiellement syndiqués ou politiques.

Mise à part la décision qui me fut signalée la semaine ayant précédé publication du texte sur le syndicalisme (semaine du 20 décembre), encore une fois, j’aurai vécu dans l’attente d’une réponse autour de cette publication touchant un sujet d’actualité, à savoir le syndicalisme et le monde des fonctionnaires en pleine négociation.  On aura publié mon texte longtemps après les moments d’interrogations de l’automne 1999.    Si vous faite une relecture du Devoir entre septembre et novembre 1999,  vous pourrez faire le constat  de nombreux moments judicieux à l’ouverture d’une parole de la base.  Et pourtant…mon texte restait sur la voie de garage!  Il m’a fallu remonter jusqu’à vous pour briser l’attente.

Je me suis retrouvée dans une même attente tout récemment, alors que le terrain m’incite à faire un travail d’écriture tant  pour provoquer  l’opinion publique que certains milieux communautaires et para-gouvernementaux.  Compte tenu de ce qui s’annonçait comme attente, voire comme orientation vers la voie de garage, j’ai demandé à vous voir. Ce texte déposé en janvier  peut sembler non d’ actualité mais il l’est  dans une perspective d'avant-garde.    Dans les faits, tout comme certains sujets devenus lieu de réflexion par la force des temps, la technologie fera partie du paysage humain!

Pour ma part, je travaille sur ce propos  comme militante tant au niveau de l’écriture que de l’éducation populaire en milieu ciblé.   L’éducation populaire et la parole éclatée à travers les journaux permettront d’ouvrir des brèches quant à l’éthique et à l’aide nécessaires pour l’évolution des sociétés à travers une technologie incontournable mais dans une perspective humaniste.

A travers le malentendu pouvant exister, lequel me touche de près comme intellectuelle et militante, votre journal s’affiche dans un véritable refus d’ouverture à travers le malentendu du langage.

En font foi les textes envoyés au Devoir ces dernières années(en annexe). 

Ma demande de publier le texte sur la technologie est maintenue par la présente.

Jeanne Gagnon
Écrivaine


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