mercredi 2 octobre 1996

Le tendon d’Achille du Canada anglais

La politique du multiculturalisme ne vise qu’à assimiler les francophones
Le multiculturalisme est un faux débat. Tout le discours invoque l'ouverture quand un pouvoir «gommé» s'y dérobe. Pouvoir d'une minorité cachant l'enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir. Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d'une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs. Fracture du miroir d'une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l'utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la «Tour de Babel» du prochain millénaire. Fausse démocratie d'un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d'Achille bloque l'évolution d'une Amérique édénique quand on la compare à l'autre! Et pourtant, cette «Amérique plus douce» dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s'échauffer jusqu'à devenir serre «bosniaque».

Le tendon d'Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d'une vision dépassée. D'une vision incapable de suivre les transformations d'un monde en mutations sur fin de millénaire. Évolution menant les petits États vers l'autonomie. Dans la foulée de ce qui reste de manœuvres pour gouverner à l'heure d'Internet.

Des ténors s'égosillent pour nous convaincre d'un fédéralisme suranné. Sur les tribunes, on crie à fendre l'âme pour trouver des coupables alors qu'il faudrait ouvrir sur l'horizon d'une grande communauté acceptant l'identité à partir des origines du pays. Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones. Ce qui impliquerait des états souverains à l'intérieur d'une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme. Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l'élan du peuple québécois n'en serait que plus légitime.

Nombreux auront été les canadiens ayant gardé l'espoir du renouvellement d'une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité. L'espoir s'envola avec Meech. Les plus lucides savent qu'il y eut, avec Meech, fracture décisive. Entre les coupables d'identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c'est-à-dire un peuple «aimable» en autant qu'il s'écrase.

mercredi 1 mai 1996

Nouvelle culture du travail et convivialité

Pouvons-nous penser qu'il y aura chevauchement, sinon dichotomie de valeurs entre l'emploi et le travail des sociétés du prochain millénaire? Pouvons-nous imaginer que le travail et l'emploi ne pourront que devenir distincts? Pouvons-nous d'ores et déjà prédire que le travail, plus que l'emploi, favorisera l'évolution d'une civilisation humaniste? Ce sont là des questions fondamentales auxquelles nous devons nous attarder.

Le texte de Madame Claudette Carbonneau, vice-présidente de la CSN, publié dans les pages du Devoir sous le titre: «L'emploi, source première de solidarité sociale»[1] s'avérait dans la vision restreinte de l'emploi. Le titre en soi provoquait au grand dilemme de cette fin de millénaire: l'émancipation de la classe ouvrière passera-t-elle par le travail ou par la disparition de l'emploi?

Nous sommes arrivés au carrefour où le travail et l'emploi vont provoquer, sinon faire éclater les ambiguïtés reliées aux valeurs. Nos choix portent les conséquences d'un renouvellement où s'inscrit le portrait des déchirures. Tant pour la personne que pour la société. Des choix qui seront de l'ordre des stratégies dans le rapport entre travailleurs/travailleuses et syndicats, entre forces syndicales et patronales, entre les structures d'entreprises face aux mutants de la nouvelle civilisation. Car là se joue un nouveau langage. Langage éthique et de responsabilité. Là où l'individu prend conscience de son lien à la responsabilité personnelle et collective. De ces nouveaux rapports surgiront les pontonniers. Par-delà l'ombre des pontonniers, une nouvelle civilisation du travail, encore informe, porte ses mutants dans l'isolement. Ils sortiront de l'ombre à partir du support des structures.

Les nouvelles conventions sont encore à écrire mais la démocratie pourra obliger à des luttes pour que le dessein prenne corps. Sinon, on continuera d'avancer dans le doute et l'obscurité. Même en perte de ses mémoires du passé. Jusqu'à faire douter de la Science, de l'Art, des Guerres d'un passé humain. L'Argent prenant toute la place, la pensée sera tétanisée et l'héritage forclos.

mardi 1 mars 1994

La voix est messagère de l'éternité


Je n’avais pas encore atteint l’âge de raison que la voix ouvrit au temps de la grâce. Sitôt touché, mon pas ressentait l’affleurement et j’accédais au pouvoir immanent du regard. La vision s’étendait par-delà l’horizon de l’église, par-delà cette forêt séparant des cantons avoisinants pour atteindre des frontières insoupçonnées. Vision sans conséquence jusqu’à la déchirure du voile sur l’écart.

J’étais une enfant lorsque vint mon pas dans l’alcôve du temps suspendu. La mémoire a gardé le haut-relief de l’un d’entre nous, comme un retable du temps ineffable, avec des modelés éminents, sa lumière sur le mordoré des étoffes, lumières filtrant l’opacité de la poussière balayée par les semelles. Je ne saurais présumer de l’instant initiatique ni de l’âge que traversait l’enfance lorsque vint ce moment de grâce.

C’était un jour d’été particulièrement chaud. J’étais des acteurs et figurants d’une fresque en mouvement. Dans ce cadre temporel, mon regard embrassait la dignité d’un rassemblement animé de gestes symboliques. Entre figurants et acteurs, je me mouvais de la distance sensible à la majestueuse composition.

Sans cesse ramenée d’une coupe à l’autre par un déplacement spatial. L’un m’isolait de l’agitation; l’autre me ramenait à la fresque. Tel le pouvoir d’une lentille ou par effets gyroscopiques aux variances du temps suspendu. Détachement d’une loupe qui me renvoyait jusqu’à l’image de mon corps fragile.

Dans ce cadre temporel, j’étais absorbée par le chatoiement de la lumière du jouir sur le mordoré des étoffes, par le mince voile de poussière sous l’effet des pas, par la chorégraphie des gestes, par les allées et venues d’une cohorte humaine d’emblée tournée vers une jeune fille nubile.

Partagée entre le sensible et la matérialité d’un tout m’englobant. Dans la quiétude d’une vision en aparté sans ressentir l’isolement. Béatitude qui émanait tant du tableau que du flanc rassurant de la femme orientant le déplacement des acteurs. Cette femme était ma mère.

On eût dit que les vois discouraient au-dessus de ma tête bien que l’entendement me fût connu. Tel un langage divulgué dans la cadence de forces et mouvements stylisés. Tel un cérémonial empreint de sacré. Tableau sublime que le Titien aurait intitulé : La jeune fille au grabat.

On s’avançait sur la place entre deux habitations séparées par un mince filet de route. Les cheveux de la jeune fille étaient enroulés dans un serre-tête blanc. Sa présence restait au cœur du tableau. Son corps longiligne moulé par les couvertures, la tête droite sur l’orient de sa couche, silencieuse et présente dans les glissements obliques du regard allant des acteurs aux figurants près du  brancard.

Emphatiques, les porteurs s’avançaient vers l’autre face de la route alors que ma mère orchestrait le mouvement. Ils allaient enjamber la route séparant les deux habitations quand le nerf optique rompit avec la lumière et l’univers de la fresque s’effondra sans retour.

La grabataire vécut quelques jours au sein de notre famille. Le temps de séparer l’adolescente en typhoïde d’une mère en couches. Pourtant, rien de son passage entre nos murs, ni du repli de cette fresque vers son point de création n’aura subsisté en ma mémoire.

L’enfance fut ainsi, traversée de modulations fugitives de plus ou moindre intensité. Certains jours, enveloppantes comme une nuée; d’autres jours, insaisissables comme l’impromptu sur le chant des cigales, sur le temps d’une ronde, sur l’écho au-dessus des bleuetières. Furtifs moments qui suspendaient l’heure sans en briser l’innocence.

Malgré la candeur du regard, mes pas étaient guidés vers l’écart. C’est ainsi qu’à l’adolescence se profila le temps indicible au-dessus de la mare. La nocturnale de l’étang n’avait rien de commun avec les espiègleries sous le soleil ni avec les captures de batraciens et têtards de mes frères.

Bercée par le coassement des grenouilles, le regard sur la mare entraînait dans un vide bleuté. J’en revenais sans meurtrissure alors que j’avais dépassé le clocher du village et l’aréna, l’emplacement des fêtes foraines et les bleuetières.

Dès la première jeunesse un déménagement coupa de l’étang. Ce que cette lagune avait ouvert de perspective n’était allé plus loin que l’horizon flou des rêves.

Malgré un goût pour la contemplation, rendue au cap de la mi-trentaine je détournai le regard de l’Église. Pensée et sensible composaient avec l’errance. J’allai sur une route faite de ponts et déchirures jusqu’aux limites de l’obsédant horizon.

Arrivée entre sextant et boussole il n’y eut qu’à me pencher sur l’écart. Je crus que la verticalité allait l’emporter sur l’horizontalité. Je crus ne pouvoir revenir à la distance du front levé sur le champ de ma vie.

Pourtant, de ce regard vint la reconnaissance de l’éternité. De ce regard origine la conscience de l’esseulement. Rencontre de l’intemporel confronté au temps qui, sur mon visage, avait laissé des traces alors que l’éternité m’ouvrait à l’inexistence du temps.

La pensée voulut sonder par le haut. Un reste d’espoir m’accompagnait sur le versant de l’Ubac. D’un pic à l’autre la mutité du Père et le poids infini de l'esseulement.

C’était un vol de nuit. Plus encore, c’était la nuit de Noel. Résolue, à 30 000 pieds d’altitude, je m’approchai du mystère. Près du hublot, les mots alternaient entre questionnement et oraison. Du temps de l’enfance, à cette altitude j’eus touché les portes du Paradis. J’ouvris la veine ardente pour retrouver la vision enfantine. En vain.

Après quelques heures de vol j’arrivai à la longitude du dépassement quand, sans trembler, mon regard se posa sur le trou noir avalant les naines blanches.  Il y avait la profondeur de la solitude existentielle noyée dans l’infini. Il y avait mon bras sur l’accoudoir et ce regard traversant le hublot de l’éternité dont j’étais un élément sans âge.

Je revins à la gravité de l’âge du corps. J’allais et venais entre le stoïcisme et l’absurde. Le sensible l’emporta sur l’apagogie. Ce qui restait de choix véritable allait passer par la voix et les mouvements qui la font exister dans le temps de nos vies.  Mouvement du rapport à l’autre à travers le lien qui fait sens. Lien amoureux, lien avec la famille, lien avec la société.

Déjà l’écart existait avant la longue marche mais au sein de la famille, l’après-chaos avait exacerbé les tensions. D’un côté, le nivellement des voix; de l’autre les compétitions et rivalités. Telle une guerrière je déchirais des voiles pour me retirer et refaire le souffle que voulaient récupérer les souffrances de la mère. Reparaissant dans l’inattendu alors que les masques et rapports mimétiques n’avaient pas été préparés. Guerre sainte contre l’aliénation d’un surmoi envahisseur doublé d’une relève matriarcale protégeant le joug des mères.

Surmoi et matriarcat ont survécu à la guerre mais les masques ont subi des craquelures. De cette guerre où le souffle s’est surpris dans la haine de la famille et de la mère, je suis sortie purgée. D’abord purgée des rivalités et rapports mimétiques; ensuite purgée de la haine du pouvoir matriarcal cristallisant la voix maternelle dans ce lien servant les peurs d’influences en brimant les libertés individuelles. De ce long cheminement vient le sentiment d’appartenance à la famille.

Plus de quinze années se seront écoulées avant de vivre le lien sensible sans craindre cette manipulation par la souffrance. Avant de rencontrer l’autre femme. Avant de parler du père. Avant d’entendre la mère dans sa propre voix.

Puis un jour je passai à l’ultime aveu de mon âge. Origine tue dont le cours remonte à plus de 150 000 ans. La mère m’a regardée, l’œil noir, dérange par le propos. Poétique aveu faisant état du temps où nous étions sœurs. Poétique aveu ramenant les coupes du temps jusqu’à ce dernier sein.

Son rythme biologique s’est transformé depuis le récent accident cérébro-vasculaire. De laver sa vulve m’a ramenée au limon d’origine. Ainsi de l’agilité d’autrefois il ne reste que l’ombre fragile d’une femme penchée sur l’impalpable horizon de ses quatre-vingts ans. En dépit de la canne et des cataractes, l’éternité de la voix bat le tempo pendant que, telle une sentinelle, son regard veille sur la famille et ses chaos. Parfois, nous parlons de la Voix. Cette Voix qu’elle nomme Dieu.

Ces dernières années elle s’est rendue jusqu’à Leibniz. Je n’y suis pour rien et j’ignore toujours par quel hasard, sans disposition pour ce genre de lecture, ma mère s’est retrouvée dans un texte sur les monades et l’harmonie de l’âme. Lecture dont elle a recopié un fragment de sa main, puis abandonné au milieu de polices d’assurances. Au mot « harmonie » il manquait la lettre « h » mais la pensée du philosophe n’avait pas été trahie.

Mon regard interrogateur se pose toujours sur l’horizon. Dans le champ du regard il y a des sociétés en mouvements d’identité et des frontières qui tombent. L’écart entre l’Humain et Œkoumène reste invisible à l’œil nu mais sa dimension pourrait demander le passage d’autres chaos dans l’éternité impliquant même les étoiles.

Les souliers qui m’ont fait avancer jusqu’à l’écart sont restés parmi les souliers vernis. Ils témoignent de la marche et de l’horizon qui n’en finit plus de s’éloigner à mesure qu’on avance dans le temps.

Je vis constamment les contradictions de mes polarités et la pensée fustige toujours mon pas trop lent, hantée qu’elle est par l’horizon alors que ses méandres sulfureux sont jugulés par la voix et le zen. Cependant, elle reste le miroir fidèle du besoin de connaissance et de mes propres limites.


Je voudrais me faire Grand Inquisiteur sur l’écart qu’il me faudrait admettre l’existence de l’Homme-Dieu. J’accepterais les souffrances du Christ et la distance de Bouddha sur la souffrance que, derrière les cliquetis d’ustensiles, poindrait toujours l’esseulement.

Cette voix que longtemps je nommai Dieu-Père. C’était avant de me pencher sur l’écart et de reconnaître l’éternité.  Avant l’Ubac et les déchirures. Avant la réalité ternaire et la reconnaissance de la responsabilité dans l’éternité d’une voix. Avant de reconnaître le pouvoir du Centre sur le tempo de la voix.



Publié en 1994 dans Moebius : écritures / littérature, n° 60, pp. 55-59.

mardi 13 janvier 1987

jeudi 1 mai 1986

4 poèmes - Publication Revue Approches - Université de Haïfa – Israël


Publication de 4 poèmes (dont 3 sans titre) dans  Les Cahiers de poésie, de critique et d’art
Revue Approches  no 4 – 1986 – pp. 23-26 - Université de Haïfa – Israël
  
Poème 1 :
Derrière des zones protégées
J’écoute la poésie
D’une eau vive
Langagiant le corps
Langagiant l’esprit

Dans les mouvances
D’une retraite inspirante
Au cœur du noyau
C’est la fête

Une voix lointaine
Immuable présence
Transperce l’os fragile
De mes impuissances


Poème 2 :
Un mystère
Indicible
Celui d’une présence
Que rien ne peut débouter

Un mystère
Indicible
Celui d’un subtil abandon
Entre parfum et clarté

Un mystère
Indicible
Celui jouxtant sur la peur
De mourir d’absence de soi



Poème 3 :
Depuis des siècles
Dans l’ombre
J’assiste à la mort
De la captive

Promenant son étrangeté
Dans l’espace du feu
Je la vois
Apprendre nos attaches
Apprendre nos ressemblances
Apprendre nos dissemblances


Poème 4  « Les corps glorieux »
Les corps glorieux sont des corps en célébration;
Les corps glorieux sont au-delà du corps vivant le simple contact génitif de surface;
Les corps glorieux nourrissent l’espace du feu;
Les corps glorieux s’agrandissent en des espaces appelant la beauté dans le délire de cordes en arpège;
Les corps glorieux se meuvent en des espaces infinis, s’activant sur des mers intérieures, sur des terres aux confins illimités et dont chaque issue appelle l’initiation dans ce rituel transcendant l’espace-temps;
Les corps glorieux sont réceptifs à l’instant immanent d’un espace d’être en étonnement;
Les corps glorieux donnent valeur d’initiation à l’infime;
Les corps glorieux ont un langage qui traverse chair-esprit;
Les corps glorieux ont ce regard qui parle de vie, de mort, d’immortalité, de souffrances, de beauté, d’impouvoir des êtres, de mutilations dans nos apprentissages, de réflexion d’être, de beauté initiatique;
Les corps glorieux cherchent dans le rituel un mystère voulant s’opérer dans la révélation qui permet de psalmodier l’instant d’un vivre;
Les corps glorieux savent comprendre l’alchimie qui dans l’autre permet de décupler son pouvoir ou de se couper d’un sentier de promesses.


jeudi 24 mai 1984

jeudi 1 septembre 1983

Deux poèmes – Publiés dans le Bulletin - Cercle Gabriel-Marcel

Bulletin - Vol. 5, no 5, Septembre 1983

Poème no 1

Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Oui…je t’ai reniée
Salive à saveur de mort
Sur un silence qui avorte et étouffe
Sur un silence qui, à l’âme
Parle d’exil
Ce silence qui tue

Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Où j’entendis des sons gutturaux
Expulsés des cavernes
En mon âme
Cris, pleurs, gémissements
Exhalés sur des espaces sans fin
A travers les escarpements
Dont tu me décrivais les parois

Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Quand je pleurais
Ces espaces envahis
Me cachant la vie
Là où s’écrivait
Ton nom en lacet
Comme le serpent
Subjuguant sa proie

Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Quand dans les hurlements
Je te criais mon refus
Pour ces droits
Que sur moi
Et à chaque page
Tu prenais
Écriture arrachée
Sur des chairs en lambeaux


Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Où je te signifiai
Dans les hurlements
Ces droits
D’u cœur aimé
D’un cœur aimant
Amant de la vie

Cette nuit
Heures d’une nuit noire
Où étouffée dans ma douleur
Derrière des espaces
Qui ne s’écrivent plus
Quand atterrée
J’attendais ce retour
D’une douceur
En exil



Poème no 2
Les heures coulent

Les heures coulent
Couleurs d’exploration hasardeuse
Bruits et sons
Effets syncopés
Sur un temps labouré
Dans l’atonie
D’un souffle dételé
Sur des heures
Sur des heurts
Faisant cascades et vagues lâches
Cachant l’écume
D’une attente en déroute

Il n’y a plus de sons
Plus que des bruits désaccordés
Sans signifiant
Il n’y a plus de murmures
Ces appels enivrants
Sur des heures amoureuses
Dans l’instant d’une pléiade
En gerbe de moi
Faisant corole d’offertoire
Sur une découverte
Sur une vérité s’avouant

Il n’y a plus de sons
Il n’y a plus de vigueur
Aphonie
Atonie
Vagues lâches
Sur une image labourante
Et qui parle de meurtrissures
Inguérissables
Et qui parle de souvenirs
Exécrables

Il n’y a plus de sons
Plus que des bruits désaccordés
Sans signifiant


Plus que des apparences
Port roide et solide
Mirage d’un cœur, qui
Sur ses jambes flageolle
Quand pour un souvenir
Surgi d’un timbre troublant
Éclate la fragilité des sutures

Il n’y a plus de sons
Plus que des bruits désaccordés
Sans signifiant.


mercredi 16 septembre 1981

Critique littéraire: "La langue de Jeanne" par Claude Beausoleil

Article de Claude Beausoleil paru dans  Livres d'ici concernant "Clair-obscur" de Jeanne Gagnon.


Publié dans : Livre d'Ici, vol. 6, no 50, 16 sept. 1981, Montréal, Québec.