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vendredi 22 janvier 2016
Le cinéma français peine à s'illustrer
En réponse à la chronique d'Odile Tremblay (Le Devoir, 20 janvier 2016)
Votre raisonnement tient la rampe...par contre, j'ajouterais que la société francophone du Québec est véritablement à la remorque du marché anglais à travers la desserte de films.
Prenons pour seul exemple le film SELMA (vie de Martin Luther King). Pour le voir en français...il m'a fallu me rabattre sur le cinéma "maison" alors que je cherchais à le voir en salle. Ce qui ajoute au pouvoir d'assimilation des francophones du Québec!
Bientôt le cinéma anglais prendra toute la place....car la majorité accepte de voir un film avec sous-titres ou encore de le voir dans la langue d'origine.
Pour toutes ces raisons....je vais de moins en moins au cinéma.
Publication de la présente réponse dans Le Devoir du 22 janvier 2016.
samedi 5 décembre 2015
En bref...MIRON et la lutte de l'homme agonique!
Nous
sommes traversés par des temps voulant le nivellement des
appartenances. Comment avancer dans les rapports à l'autre
sans oublier nos mémoires ? Ce matin, je ne peux que
penser à ma lettre du 6 décembre 1996, laquelle fut envoyée
à MIRON alors même que je venais d'apprendre sa fin
imminente (voir ladite lettre dans la correspondance du
blogue). - voir le propos de la lettre un peu plus loin...-
mardi 18 mars 2014
En bref...Le documentaire intitulé: MIRON: Un homme revenu d'en dehors du monde
La parole mironienne aura été une véritable Marche à l'amour et le documentaire convoque à la vérité des liens de la quête. Il m'a semblé que par ce film, Simon Beaulieu avait réussi quelque chose d'important, à savoir recentrer la légende de la Marche à l'Amour là où la hantise porte sur le pays...sans pour autant oublier de célébrer la femme. Ne serait-ce que pour ce recentrage, la quête de Miron y gagne en force et transparence. Tout au long de ce documentaire, Miron se révèle un être de chair et de tendresse s'inquiétant de l'homme agonique tout en nous renvoyant à la résilience!
dimanche 2 septembre 2012
En bref...Françoise David et le pouvoir de la politique "politicienne"!
Il faut avoir vécu le membership doublé d'un militantisme actif à l'intérieur de Québec solidaire pour savoir que ce parti, à l'intar des grands partis politiques, exerce le jeu de séduction tout en trompant sur les valeurs qu'il dit défendre le mieux. Au premier degré, ceci se vérifie dans le discours portant sur la souveraineté et la langue. On pourrait en dire autant concernant le discours sur la laicité ouverte et sur l'immigration. Ce que je dénonçais publiquement concernant le discours féministe il y a déjà quelques années en écrivant: "Le discours de Françoise David est plus qu'inquiétant! Car si le féminisme nous a introduites aux dénonciations du patriarcat, voilà que le discours politique d'une figure de proue du féminisme devient à l'image de ce que nous haissions, à savoir un discours politique renvoyant la balle pour gagner du temps! Est-ce à dire que la politique "politicienne" corrompt même les féministes?" (Extrait: Le voile et l'absence de courage du leadership féministe - Revue Entr'Autres - Mai-juin 2009)
Évidemment, je ne peux qu'admettre la montée d'un féminisme actif à travers le leadership de Françoise David . Indéniablement, elle a le mérite d'avoir étoffé la pensée du féminisme québécois par la fondation d'un parti politique et nous lui en sommes redevables. L'évolution de la plate-forme aurait pu conduire le féminisme québécois à la projection d'un discours émancipateur à travers de multiples débats, mais il n'en fut rien. Dans les faits, quantité de femmes s'abandonnaient au discours politique de la politicienne sans savoir qu'elles étaient récupérées par l'ascendant. Ce qui, à l'intérieur de la FFQ, pouvait poser problème. Sans compter les faces cachées du pouvoir politique sachant rester dans l'ombre.
Le féminisme québécois de ce deuxième millénaire, suite à la Marche mondiale des femmes, était en droit de s'attendre à déboucher sur le féminisme de débats par delà tout messie. Avec le temps, il y eut division au sein du mouvement des femmes. Ce que j'ai fortement dénoncé lors du déplacement de la présidente de QS vers la présidence de la FFQ en 2009 (Référence: Le voile et l'absence de courage du leadership féministe - Revue Entre'Autre - Mai-juin 2009). Ce qui me fit également dénoncer le pouvoir de l'intelligentsia au sein de QS et de la FFQ. (Référence: Pour que le féminisme introduise à l'égalité citoyenne - Revue l'Action nationale - Mai-juin 2009)
De mon militamntisme à l'intérieur de QS j'ai pu constater que QS sait très bien filtrer ce qui sort comme information. Bref, tout ce qui pourrait créer des remous est renvoyé aux espaces blindés. Je l'ai perçu lors d'une assemblée générale où Françoise David faisait mention d'une critique dérangeante à l'intérieur des rangs. Aucun nom ne fut divulgué. Tout au plus avons nous su qu'il y avait eu nécessité d'évacuation. Ce message nous était livré évasivement, par une femme politiquement authentique, tout en laissant voir que le filtrage évitait de faire connaître la critique mettant en compte le leadership et l'équipe. De mon militantisme à l'intérieur de QS, j'ai aussi retenu que les coporte-parole évitent de se mouiller lors d'entorses à la démocratie portées officiellement à leur connaissance. (Lettre de protestation concernant la démocratie à QS - 2 octobre 2009 et Lettre de désistement à QS - 22 novembre 2009).
A mon avis, l'authenticité de Françoise David est réelle en même temps questionnable, car il s'agit d'une femme de compassion tout autant que bête politique manipulant avec habileté les grands concepts liés à la souveraineté - l'identité - l'émancipation. L'évolution du féminisme québécois est plus que jamais lié au politique et par delà tout ascendant!
lundi 27 février 2012
En bref...Marre - Journal Le Devoir, 26 février 2012
J'ai fait lecture de l'article de Denise Bombardier paru dans Le Devoir du 26 février dernier, lequel est intitulé : Marre!
Dans le malaise qu'il vient projeter, j'y ai reconnu ce qui me désole, tant par les phrases saupoudrées de "sacres" que par certains clichés humoristiques renvoyant aux egos centrés sur le rapport de séduction primaire.
Mais le malaise peut mener loin à travers l'apathie! De fait, au Québec...la menace de dérive de la langue oblige à penser qu'il pourrait, chez nous, manquer un maillon lié à la conservation de la langue et de la culture! D'où le péril en la demeure!
Dans le malaise qu'il vient projeter, j'y ai reconnu ce qui me désole, tant par les phrases saupoudrées de "sacres" que par certains clichés humoristiques renvoyant aux egos centrés sur le rapport de séduction primaire.
Mais le malaise peut mener loin à travers l'apathie! De fait, au Québec...la menace de dérive de la langue oblige à penser qu'il pourrait, chez nous, manquer un maillon lié à la conservation de la langue et de la culture! D'où le péril en la demeure!
mardi 1 septembre 2009
Interview de Mavro Hader
J’ai rencontré Monsieur Mavro Hader, lors du dernier repas
thématique. Il était devenu locataire depuis quelques jours. Ses
origines croates m’ont fait renouer avec le souvenir d’une guerre
ayant laissé des traces en ma mémoire. Je fais référence à la
Guerre de Yougoslavie. Cette guerre provoqua le désir de participer
à un numéro thématique littéraire évoquant les violences de
l’humanité. J’y signais un récit à deux voix dont le titre
était « De Sarajevo à Montréal « (Revue littéraire Moebius 83 –
Décembre 1999 – J’avais également la responsabilité de la
préface). La rencontre avec un Croate me faisait renouer avec
l’éclatement de la Yougoslavie, et particulièrement avec ces
cultures qui, malgré le communisme, ont gardé une identité. Ce que
nous révèle Monsieur Hader à travers l’interview. J’ai voulu
partager ses confidences avec vous tous du Mile-End.
jeudi 20 mai 2004
Politique linguistique et rayonnement de la langue française
Lettre au Journal Le Devoir - non publiée
Montréal, le 20 mai 2004
Gérald Larose
CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ
a/s Société nationale des québécois et des québécoises de la Capitale
525, du bon Pasteur
Québec
(Qué)
G1R 5R6
Télécopieur: (514) 598-5863
Courriel: unis@souverainete.info
OBJET: La politique linguistique et le rayonnement de la langue française
Bonjour Monsieur Larose,
J'étais de la soirée du 17 mai ou Débat sur la langue au Restaurant Lion d'Or. Soirée intéressante avec une brochette d'invités permettant d'inventorier les enjeux de la langue à travers le politique. Si j'y allais d'abord d'un commentaire plus personnel, je dirais qu'il y avait trop de resserrement lors de la période d'échanges avec le public.
Je trouve que la diversité des invités sert ce genre de débat. Il faudra continuer d'intégrer des membres de la communauté immigrante. On y trouve des apports percutants. Le témoignage d'Akos Verbocyz de la Commission scolaire du MEMO et membre du Forum jeunesse, nous aura mieux renseignés que le Québécois de souche quant aux raisons profondes renvoyant l'immigrant au choix de l'une des cultures dominantes.
Par contre, même s'il a beaucoup été question de fierté et d'amour de la langue, nous savons que le politique aura sa part de responsabilité. Car la fierté ne suffit pas! D'autant plus qu'il fallait bien se rendre à l'évidence, quant aux mutations et approches, à savoir qu'une certaine jeunesse se glorifie de parler "allo" (dixit) ou langues allophones métissées tout en s'alliant des Québécois-Québécoises de souche. Le message nous fut servi par la conférencière Marie-Claude Sarrazin. Néanmoins, cette dernière n'aura convaincu ni le parterre ni ses pairs quant à l'idéologie d'une langue transversale "allophone" en mutation et mettant en compte le refus de frontières des langues. Ce qui fit dire au citoyen québécois Akos Verbocyz qu'il n'y a rien à chercher de ce côté, puisqu'il s'agit d'individus ne maîtrisant aucune des langues parlées.
Par la lecture de son article intitulé "Montréal, ville internationale de langue française" (publié dans Le Devoir du 4 mai 2004) Bruno Roy pose la problématique d'une ville phare faisant de Montréal le lieu symbolique d'un Québec français en Amérique. Et pourtant, Montréal est cette plaque tournante, mais aussi lieu de combats où se jouent les grands enjeux du Québec français. L'article de Bruno Roy s'avère d'autant plus important, qu'il éclaire sur l'identité tout en ramenant à l'idée patrimoniale, là où converge l'interrelation d'un patrimoine universel (langue) tout en faisant du patrimoine et lieu de croisements (Montréal) cette bouche politique qu'on tente de museler en invoquant les fausses raisons du bilinguisme.
Depuis un certain temps, la problématique de la langue m'interpelle davantage. Pourquoi? A cause d'incidents survenus lors de Conseils de quartier. Je les fréquente plus assidûment depuis la dernière année (Arrondissement Plateau Mont-Royal) pour des préoccupations liées à l'écologie. Des incidents m'ont fait voir de front les attaques pernicieuses du bilinguisme et mieux cerner l'hypocrisie de la Ville de Montréal. De plus en plus, on y voit l'implantation d'un fonctionnement fait de décorum tout en pratiquant la loi du baillon. Tout en y intégrant les lois d'un bilinguisme s'implantant à petites doses! Il faut s'interroger sur les visées politiques que pourraient téléguider certains hauts fonctionnaires de la Ville à travers les méthodes subversives. D'autant plus, comme le disait l'exposé d'Anne Légaré, que les adversaires perçoivent la langue française comme subversive.
Je serai concrète quant aux faits et liens qui m'ont fait voir le danger d'effritement du patrimoine à travers le non-dit. Je fais référence au fait qu'un fonctionnaire de la Ville de Montréal vienne interpeller la mairesse au micro dans un discours bilingue. D'entrée de jeu, l'intervention s'orienta dans un français impeccable, mais après cinq minutes, le même individu poursuivait son exposé en anglais. Vu la longueur de l'exposé dans la deuxième langue...la mairesse lui donna la réplique en anglais.
Comme citoyenne déjà avisée des pratiques des Conseils de quartiers, j'y voyais une première...sans pour autant y voir réalité anodine! Ce que le temps vient me confirmer, car depuis lors, les interventions en anglais au Conseil de Quartier se sont multipliées. Ce qui amène graduellement Michel Prescott et/ou Madame Fotopoulos à leur donner réponse en anglais. Faut-il appréhender d'autres audaces?
J'appréhende d'autant plus que des événements font, en parallèle, émerger l'hypocrisie de la communication au sein des structures de la Ville de Montréal. Ainsi, lors de la consultation publique autour de la Charte, l'information n'a pas été donnée par les grands quotidiens, sauf de rares fois et par des annonces classées (La Presse et Gazette). C'est pourquoi l'information sera passée inaperçue, tant pour moi que pour d'autres. Bref, j'aurai pu prendre connaissance de l'émergence d'une consultation autour de la Charte par ce hasard d'appropriation du petit journal de quartier Place publique (kiosque du quartier des affaires - centre-ville) alors qu'il demeurait journal introuvable au sein même du Plateau Mont-Royal pour quantité de citoyens-citoyennes du territoire cible. Cela dit, tout en devant avouer que l'hebdomadaire et/ou mensuel du quartier, malgré son intérêt, ne saurait prétendre remplacer les grands quotidiens.
D'ailleurs, voyant perdurer l'absence d'information dans les quotidiens, lors d'un Conseil de Quartier du début d'année 2004, je profitai d'une intervention relative à mes autres préoccupations pour faire mention d'attentes citoyennes concernant la charte. Au premier degré, le besoin d'une diffusion de l'information de pointe dans les quotidiens. Sans pour autant préciser, Madame Fotopoulos m'a rassurée en disant que le public serait informé. Et pourtant, je serai informée à la faveur d'un hasard, puisque la communication liée à la consultation publique m'est venue de Place Publique. (Vol. XI, no 4, 28 février 2004). A noter que ce journal est sous la gouverne d'un fonctionnaire de la Ville de Montréal, lequel joue également le rôle d'éditeur pour SODECM.
Lors de la présentation d'un Mémoire concernant l'élaboration de cette Charte (avril 2004), j'ai volontairement inauguré ma présentation par la dénonciation de ces pratiques sélectives de diffusion de communications. D'autant plus que l'exclusivité des communiqués liés à la consultation publique m'avait été confirmée par un fonctionnaire (annonces classées - deux quotidiens montréalais). Il faut dire que je m'étonnais d'autant plus qu'en faisant lecture du mensuel Place Publique, sous la plume du fonctionnaire de la Ville de Montréal et éditeur pour SODECM, j'avais été confrontée aux doléances et/ou dénonciations de Dimitri Roussopoulos (Vol. XI, no 6, 27 mars 2004). Ce qui m'obligeait à d'autres interrogations sur les visées politiques des structures, puisque ces avancées venaient d'un individu assumant déjà un rôle prépondérant comme fonctionnaire de la Ville de Montréal, avec responsabilités rattachées à l'évolution d'une future Charte montréalaise de nos droits et responsabilités.
A mon sens, la culpabilité touche la Ville de Montréal au premier degré à travers un laisser-faire favorisant abus et orientation subversive d'une politique d'implantation du bilinguisme. Ce qui va à contre courant de l'évolution de Montréal, ville phare d'un Québec français.
J'ajouterai ce qui suit concernant la présentation des mémoires et le parterre clair semé lors de la consultation pour la charte montréalaise de nos droits et responsabilités. Le respect des citoyens-citoyennes exige la circulation de l'information. Dans l'immédiat, il est permis de douter des canaux de diffusion, voire même de certaines plates-formes politiques visant la démocratie participative.
Il ne faudra jamais oublier que la question politique québécoise d'une langue commune ne saurait s'appliquer uniquement à l'arrière-pays, mais tout autant aux structures et superstructures. Ce qui englobe Montréal, ville phare d'un Québec français!
Jeanne Gagnon
Écrivaine
mardi 1 octobre 2002
Maternitude
Marternitude...par delà la figure politique de Jacqueline Dugas
Publication – Revue Entr’Autres – Vol. 3, no 4, p. 22, Octobre-décembre 2002.
A l’heure des bilans qu’impose la mort, je vois la pertinence de poser quelques interrogations sur l’âme patriote qui nous a quittés. Allons tout d’abord aux interventions politiques, lesquelles ramènent à la double identité, à savoir l’identité de la personne…mais aussi l’identité d’un peuple.
mardi 4 août 1998
Lettre à Ignacio Ramonet - Le monde diplomatique
Montréal, le 4 août 1998
Lettre demeurée sans réponse ni publication
Ignacio Ramonet
Président et directeur de la publication
LE MONDE DIPLOMATIQUE
21 bis, rue Claude-Bernard
75242 Paris
France
LETTRE OUVERTE
Monsieur,
Je suis toujours intéressée par vos éditoriaux publiés dans Le monde diplomatique et fort consciente de l’engagement que sous-tend cette parole au sein d’un mondialisme exacerbé.
vendredi 1 novembre 1996
Derrière le multiculturalisme…le tendon d’Achille anglais
Revue L’Action nationale (Publication : Vol 9, Novembre 1996)
Par : Jeanne Gagnon
Le multiculturalisme est un faux débat. Tout le discours invoque l’ouverture quand un pouvoir «gommé » s’y dérobe. Pouvoir d’une minorité cachant l’enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir. Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d’une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs. Fracture du miroir d’une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l’utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la « Tour de Babel » du prochain millénaire. Fausse démocratie d’un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d’Achille bloque l’évolution d’une Amérique édénique quand on la compare à l’autre! Et pourtant, cette « Amérique plus douce » dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s’échauffer jusqu’à devenir serre « bosniaque ».
Le tendon d’Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d’une vision dépassée. D’une vision incapable de suivre les transformation d’un monde en mutations sur fin de millénaire. Évolution menant les petits États vers l’autonomie. Dans la foulée de ce qui reste de manœuvres pour gouverner à l’heure d’Internet.
Des ténors s’égosillent pour nous convaincre d’un fédéralisme suranné. Sur les tribunes, on crie à fendre l’âme pour trouver des coupables alors qu’il faudrait ouvrir sur l’horizon d’une grande communauté acceptant l’identité à partir des origines du pays. Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones. Ce qui impliquerait des états souverains à l’intérieur d’une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme. Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l’élan du peuple québécois n’en serait que plus légitime.
Nombreux auront été les Canadiens ayant gardé l’espoir du renouvellement d’une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité. L’espoir s’envola avec Meech. Les plus lucides savent qu’il y eut, avec Meech, fracture décisive. Entre les coupables d’identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c’est-à-dire un peuple « aimable » en autant qu’il s’écrase.
Et pourtant, au fil des générations, quelques poignées d’intellectuels anglophones ont tenté d’élargir la vision du fédéralisme. Cette vision tenait compte de l’histoire. Encore récemment Des comptes à rendre entre les deux peuples sont remontés à la surface sous la plume d’un anglophone de l’Ontario. Discours qui met en relief ce que reconnaissent les plus ouverts. Propos nous ramenant à des faits que l’on veut occulter et dont voici un extrait :
« Les Canadiens anglais ont-ils la volonté politique d’entreprendre cette démarche? La première étape consiste à reconnaître que nous avons des dettes à payer à la nation québécoise. (…) Reconnaissons-nous ce fait devant les descendants de ceux que nous avons conquis, reconquis et opprimés? Devant les descendants que nous avons exploités comme main-d’œuvre à bon marché? Pouvons-nous offrir compensation pour les années de privilèges anglophones au Québec? Sommes-nous quittes pour la Loi sur les mesures de guerre, les manœuvres dirigées par nos services secrets contre le PQ et la trahison de 1981-1982? Avons-nous effacé les injures et les affronts qui ont suivi l’échec de Meech? Sommes-nous allés aussi loin que nous le pouvions lors de Charlottetown? Pouvons-nous affirmer, en conscience, que nous sommes, devant l’histoire, sans tache devant les Québécois? » [1]
Voix isolée parmi d’autres de la grande communauté anglophone, Conway et tous les autres n’auront pu briser l’écart ou encore favoriser un leadership susceptible de provoquer l’entente. Toujours, la majorité anglophone sera demeurée réfractaire à l’autonomie du Québec.
Le multiculturalisme
Le multicultualisme répond bien aux menaces ressenties par la minorité anglophone du Québec. Minorité soudée au Canada-anglais par ses origines, celle-ci devra néanmoins répondre de la « Babellisation » du Canada, de même que de la spoliation d’un héritage orienté par les Pères de la Confédération. Aujourd’hui, la politique du multiculturalisme s’est fait des adeptes tout en développant l’intolérance. Elle est devenue le creuset capable de générer la violence sourde d’une poudrière, l’intolérance échauffant les esprits autour de l’ethnicité.
Le peuple anglais pourra-t-il jamais progresser vers une certaine idée du fédéralisme qui soit, sinon en avance, du moins d’époque? Il faudrait tout d’abord voir aux faiblesses du tendon d’Achille. Là où se joue l’idéologie du pouvoir « Coast to Coast » et de l’autorité de l’État.
Dénoncée il y a 25 ans, la faiblesse du tendon d’Achille est manifestement le signe du peu « d’image de soi » de ce peuple de dire un ancien de l’Université de Toronto. Ce dernier mettant en relief les traits suivants :
« La grande faiblesse du Canada anglais, à l’entrée de ces négociations, est la pauvreté de son image et de son sens de lui-même. Au lieu de se concentrer directement sur sa propre survivance culturelle et économique, il continue malheureusement à s’attacher au plus petit commun dénominateur, à savoir son propre territoire et son autorité sur ce territoire » [2]
Et que découvre-t-on encore aujourd’hui? On découvre que rien n’a changé, bref « le bras étatique » du Canada-anglais ergote toujours sur les hantises du tendon d’Achille, à savoir dans la jactance de l’autorité et du territoire. Faiblesse qui n’a qu’une volonté : assimiler un certain peuple sous couvert de multiculturalisme. Par contre, dans le multiculturalisme, certains estiment percevoir une nouvelle idéologie ou Marxisme rebaptisé. Et de l’avis de Dînés D’Souza, ce nouveau marxisme ne parlerait plus en terme de division des classes sociales mais plutôt de division entre ethnies. [3]
Malheureusement, le discours du multiculturalisme nous desservira tous tant que nous sommes. Car nous sommes de cet espace qu’on appelle « L’Amérique plus douce ». Cella à laquelle faisait référence Keith Spicer lors d’une interview par Denise Bombardier. C’était en avril dernier sur les ondes de Radio-Canada FM.
Ne serait-il pas urgent d’afficher l’identité de l’un et l’autre peuple en toute transparence? Ne serait-il pas urgent de voir le fédéralisme dans le prisme agrandi du IIIe millénaire? Là où se joue projet politique et souveraineté d’un peuple Cette transparence n’aurait plus à composer de manipulation en manipulation sur le dos des immigrants. Les « comptes à rendre » impliquant d’abord deux peuples. L’immigrant(e) adhérerait à l’une ou l’autre communauté par affinité culturelle ou politique et l’évolution d’une civilisation ferait le reste.
Si, avec la séparation du Québec, survenait le durcissement inexorable que laissent planer certains milieux fédéralistes, il faut penser que le Québec souverain en serait pénalisé. Par contre, cette radicalisation desservirait aussi le Canada-anglais qui, dans la nouvelle conjoncture, ne pourrait que provoquer la fin de cette « Amérique plus douce ». Voisin nordique de l’autre Amérique, le Canada serait devenu bien fragile au « Big Brother » dont les idéaux de démocratie sont de plus en plus du concept dominant lié au « market democracy ». [4]
Le décalage dans le temps
Certes, on ne peut que s’inquiéter avec Keith Spicer des influences qui joueront sur le devenir de cette « Amérique plus douce ». La nouvelle ère pourrait obliger aux affrontements. Déjà la carte délétère du multiculturalisme nous le fait pressentir. Viendra un temps où le tendon d’Achille de l’Anglais n’aura plus d’autres ressources que de se fondre dans la foulée d’un « Big Brother » servant plus la richesse que la culture! Le Canada, lui-même affaibli dans ce qu’il pouvait présenter culturellement, à travers ses origines, cherchera vainement des « coupables » ou des « loyalistes » pour sauver les meubles. Il sera trop tard…comme en Autriche! L’isolement ou l’avalement aura fait son œuvre. Le Conquérant aura raté le virage à travers les manipulations. Coupable d’intolérance envers le Québec, l’Anglais aura rompu avec l’héritage d’un sol fertile en boutures mais qui ne pouvait nier sa couche basale sans passer par la sécession de l’État du Québec.
Nous sommes revenus du rêve appelé « Le beau risque ». Il nous faut maintenant un dernier sursaut pour empêcher l’avalement. Je compatis à l’angoisse de Keith Spicer mais, à l’encontre de cet homme pour qui j’ai une certaine admiration, je sais que le Québec se doit d’avancer dans ses mémoires.
Par contre, en comparant ce pays à l’Autriche, il m’oblige à évoquer la lenteur du peuple Anglais à se mettre dans le temps du IIIe millénaire. D’une part, parce que ce pays tente de pratiquer une politique internationale alors que sa politique intérieure est une faillite. Cette faiblesse crée des zones d’ombres tout comme en Autriche. Ce que des historiens ont dit pour l’Autriche pourrait autant être évoqué pour le Canada, à savoir que peut-être le Canada aura-t-il, lui aussi, pratiqué trop tôt la politique internationale. Ce qui a fait dire aux historiens par rapport aux Habsbourg : « Ils n’auront pas su choisir. Ils ont été internationaux trop tôt et nationaux trop tard. Ce lent processus de désintégration du pouvoir autrichien aura duré mille ans. « [5] La préface de Morand le relate ainsi : « Mille ans de luttes pour l’Europe; mille ans de missions européennes; mille ans de foi européenne. [6] La désintégration du Canada n’attendra pas si longtemps!
Qui pourrait nier cette évidence à l’effet qu’un peuple doive, un jour ou l’autre, tenir compte de ses mémoires? Revenir à son identité à travers toute évolution n’est que juste part des mutations à travers le temps traversant toute civilisation. Dimension dont traite Hanna Arendt dans une publication autour de la culture. [7]
Certes, tout peuple avance entre mémoires et aspirations. Claude Julien en faisait l’illustration dans un récent article. Propos où il compare les aspirations contradictoires de la Communauté européenne à celles des États-Unis d’Amérique. Pour convenir que ce qui est bon pour les États-Unis d’Amérique ne pourrait l’être pour la Communauté européenne. [8] Ainsi peut-on parodier en alléguant : ce qui est bon pour le Canada-anglais ne peut l’être pour le Québec; ce qui est bon pour l’autre Amérique ne peut l’être pour le Canada-anglais.
Le prochain référendum reste un autre pont. Il nécessitera aussi plus de concertations, plus de contacts avec la base, plus de compréhension entre Québécois et Québécoises de toutes les composantes ethniques. S’il faut reconnaître l’apport de toutes ces cultures, on ne pourra pour autant nier l’identité d’un peuple forant la couche basale du Québec.
Si pour ce peuple, être conséquent exige de maintenir la Loi 101, gardons-nous toutefois de verser dans la négativité de l’Ombre, c’est-à-dire en négligeant ce qu’il y a d’atouts derrière la connaissance d’une langue. D’autant plus que cette langue est devenue celle des marchés. Le plus humble citoyen devra, n’en doutons pas, élargir son horizon pour communiquer avec le village planétaire. L’apprentissage fait d’une pierre deux coups, car en préparant les individus à s’engager dans le labyrinthe des marchés internationaux, il nus sort du nationalisme frileux. Toute langue restant un pont entre individus et sociétés.
Il faut préparer les générations à venir dans la connaissance et l’identité. L’Éducation reste le chemin qui servira tant le politique que la connaissance. Par contre, l’école québécoise souffre de carences graves. Lise Bissonnette vient souvent nous le rappeler. Le projet de société passe par ce creuset de la cohésion. L’oublier, c’est se confiner dans les classes affaiblies, dans l’enseignement inégal, dans les classes surpeuplées où l’enseignant se perçoit dans la solitude, parfois même jusqu’à l’aliénation. Celui ou celle qui devrait aimer sa tâche et l’espace-temps du Savoir est contraint à haïr son quotidien. Certains lieux étant infernaux par absence d’encadrement. Souvent dans la demesure d’un pouvoir renversé par le bas.
Conclusion
Par delà le fédéralisme et son miroir, il y a Lucien Bouchard. Son discours rassemble les québécois de plusieurs tendances. Il représente cette dualité de l’âme québécoise, à savoir tolérance et fierté. Et si, par lui, survient cette réconciliation souhaitable entre le Québec et Ottawa, celle-ci ne pourra faire abstraction ni de la démocratie, ni de l’identité d’un peuple.
Courage et fierté nous seront demandés. Monsieur Parizeau aura eu cette fierté, c’est-à-dire ce courage à travers le langage. Car les mots prononcés le soir du Référendum reflétaient une facette du miroir. L’autre versant étant celui de nos propres faiblesses. Modèle de courage, s’il en est, pour l’identité manifestée; ensuite pour le refus de nier le sens profond du message.
Je termine en citant l’extrait d’un texte très évocateur de mémoires. Un texte d’un philosophe québécois qui, pour avoir vécu longtemps en France, aura reconnu sa propre vérité quelque part entre l’exil et le retour aux sources. Retour ou évolution vers l’identité dont le processus ramène à ce que le Québécois veut reconnaître, consciemment ou inconsciemment, dans son désir de demeurer au sein du Canada. Ce qui implique le besoin inaliénable d’affirmation de mémoires et d’aspirations pour l’avenir du pays. Malgré ce que d’aucuns appellent « avantages » du « Coast to Coast ». Car l’identité refuse toute culpabilité. Plus encore, elle exige de se reconnaître dans l’espace-temps. Long trajet dont cette phrase témoigne de façon troublante : « Il nous faudra réapprendre à aimer le Québec, sans complaisance mais avec compassion, comme on porte un enfant dans ses bras, en tenant la tête haute. [9]
[1] Des comptes à rendre (p. 273) John F. Conway, VLB.
[2] De quoi le nationalisme canadien-anglais est-il fait? (Abraham Rotstein, Le Devoir, 2 février 1978).
[3] Marx est vivant (Journal VOIR, 6 mai 1993).
[4] (…) la démocratie fondée sur la citoyenneté céderait la place à ce que les Américains appellent « market democracy » - Une Europe des Citoyens, l’Outil et le projet, par Claude Julien – Le monde diplomatique, avril 1996 (pp. 17).
[5] La Dame blanche, p. 30. – Auteur : Paul Morand – Éditions Robert Laffont (1963).
[6] La Dame blanche des Habsbourg – Préface de Hugo Von Hofmansthall
[7] La crise de la culture (Hanna Arendt)
[8] Une Europe des Citoyens, l’Outil et le projet – par Claude Julien – Le monde diplomatique – avril 1996 (pp. 16-17).
[9] Ce pays comme un enfant…- Serge Cantin – Revue Liberté, numéro 175 – 1990.
mercredi 2 octobre 1996
Le tendon d’Achille du Canada anglais
La politique du multiculturalisme ne vise qu’à assimiler les francophones
Le multiculturalisme est un faux débat. Tout le discours invoque l'ouverture quand un pouvoir «gommé» s'y dérobe. Pouvoir d'une minorité cachant l'enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir. Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d'une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs. Fracture du miroir d'une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l'utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la «Tour de Babel» du prochain millénaire. Fausse démocratie d'un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d'Achille bloque l'évolution d'une Amérique édénique quand on la compare à l'autre! Et pourtant, cette «Amérique plus douce» dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s'échauffer jusqu'à devenir serre «bosniaque».
Le tendon d'Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d'une vision dépassée. D'une vision incapable de suivre les transformations d'un monde en mutations sur fin de millénaire. Évolution menant les petits États vers l'autonomie. Dans la foulée de ce qui reste de manœuvres pour gouverner à l'heure d'Internet.
Des ténors s'égosillent pour nous convaincre d'un fédéralisme suranné. Sur les tribunes, on crie à fendre l'âme pour trouver des coupables alors qu'il faudrait ouvrir sur l'horizon d'une grande communauté acceptant l'identité à partir des origines du pays. Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones. Ce qui impliquerait des états souverains à l'intérieur d'une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme. Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l'élan du peuple québécois n'en serait que plus légitime.
Nombreux auront été les canadiens ayant gardé l'espoir du renouvellement d'une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité. L'espoir s'envola avec Meech. Les plus lucides savent qu'il y eut, avec Meech, fracture décisive. Entre les coupables d'identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c'est-à-dire un peuple «aimable» en autant qu'il s'écrase.
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