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samedi 21 avril 2018

"L'Amitié blessée"

Poème de Thérèse Renaud
Extrait de N'ÊTRE (p. 56)
Éditions Les Intouchables, 1998 (Québec)

"J'ignorais qu'une blessure d'amitié
puisse être une blessure à vif
un cri, un sanglot
une déchirure.
J'ignorais la gravité de cet engagement.

Je ne savais pas
que la trahison d'amitié
était une contagion
du coeur et de l'esprit.
Je ne connaissais pas encore le péril
d'un sentiment amical
Une signature mortelle."



vendredi 6 octobre 2017

Art et vieillissement

COMMUNICATION DE JEANNE GAGNON 
Le vieil âge et les rêves durables à orienter individuellement et collectivement

Invitée du Symposium "Art et vieillissement"





Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord remercier Madame Sylvie Trudelle, coordonnatrice titulaire du SYMPOSIUM ART ET VIEILLISSEMENT, de même remercier Madame Maryse Soulières coordonnatrice intermédiaire. L'approche intervenue me permet ce privilège unique de la présentation d'une communication dans le cadre des sessions parallèles du Symposium L'ART ET LE VIEILLISSEMENT!

jeudi 5 mai 2016

En bref...Gaston Miron - Lettres - 1949-1965

En fin d'année 2015,  L'Hexagone publiait Gaston Miron - Lettres - 1949-1965. Le mérite de cette publication est de briser la distance pouvant nous séparer de l'homme et du  poète militant puisqu'elles font état de faits et liens inconnus du grand public.  

Ma rencontre initiatique avec Miron se fit lors d'une croisière sur le fleuve. On était au début des années 1980. Cette croisière m'avait permis de l'apercevoir en « chair et en os » tout en étant  « isolé » parmi ses pairs. A un certain moment, quelqu'un du groupe pointa Miron – esseulé au centre du pont, en disant « L'homme est victime de sa légende! ».

vendredi 8 janvier 2016

En bref....sur les Rois et la fin des festivités!

On reconnaît que toutes les festivités du Temps des fêtes prennent fin  avec la Fête des Rois.

A la RME,   selon la coutume, nous avons eu droit à un repas festif mettant en compte "la présence d'un couple royal".  De fait, à l'heure du dessert,  l'animatrice révéla le nom de deux convives devant, pour quelques heures,  endosser  le rôle du "couple royal"  qu'avait désigné  le hasard.   Évidemment...le couple intronisé eut droit à la couronne de circonstances...mais sans autre responsabilité que le partage d'un moment festif.

Tout s'est terminé par un concert avec la Chorale Harmonia de la RME, laquelle nous entraîna dans les méandres d'un répertoire - trop souvent -  à réapprivoiser à travers les "chansons à répondre".

Faisant partie du Comité loisirs depuis peu,  je voudrai orienter vers d'autres invites et découvertes du sens  à travers la culture!  

samedi 5 décembre 2015

En bref...MIRON et la lutte de l'homme agonique!

 Nous sommes traversés par des temps voulant le nivellement des appartenances. Comment avancer dans  les rapports à l'autre sans oublier nos mémoires ?   Ce matin, je ne peux que penser à ma  lettre du 6 décembre 1996, laquelle fut envoyée à MIRON alors   même que  je venais d'apprendre sa fin imminente (voir ladite lettre dans la  correspondance du blogue). - voir le propos de la lettre un peu plus loin...- 

mardi 30 juin 2015

En bref...autour de La tentation d'exister


Je viens de terminer La tentation d'exister d'Emile Cioran (Gallimard). L'extrême pessimisme de Cioran m'aura invitée à une distance de quelques mois avant de terminer ma lecture. J'en sors enrichie. Cette pause m'aura permis détente et recentrage du regard. Le vieillissement étant ce qu'il est, le propos sur la mort est une invite sur les lieux de nos hantises. Plus particulièrement en regard de ce chapitre intitulé La tentation d'exister. Certains critiques n'y auraient vu que formes de  protestation contre la lucidité sinon l'apologie pathétique du mensonge  encadré par un regard froid et sans concession alors que le propos ouvre sur l'instant de la hantise permettant « le passage » à l'existence. Sublime regard sur l'instant!


jeudi 5 février 2015

La Saint-Valentin...les couples et l’Amour!


En ce mois de la Saint-Valentin de février 2015, j'ai choisi de ramener en avant-plan deux couples mythiques renvoyant à une passion amoureuse productive de sens, puisque dépassant le lien amoureux. Mon choix s'est tout d'abord porté sur Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir; ensuite sur Franz Liszt et la princesse Carolyne von Sayn-Wittgenstein. Pourquoi? D'une part pour l'attachement qui, malgré les revers, ne se démentira jamais; d'autre part pour l'identité affirmée de ces deux femmes qui, malgré l'époque, demeuraient femmes de projets. Simone de Beauvoir sentira moins d'isolement que la princesse Caroline puisque, au fil des ans, le XXe siècle lui a permis le support du féminisme.

Il m'importe de souligner qu'en dehors de tout déterminisme, Sartre et Beauvoir sont morts à la même date ou presque! Pour peu que Simone de Beauvoir ait pu tenir le coup 24 heures de plus...(mais y a-t-elle seulement pensé?) les deux amants auraient trépassé le même jour. De fait, Sartre mourut le 15 avril 1980 alors que Beauvoir s'éteignait six ans plus tard, plus précisément le 14 avril 1986.

Nous savons que l'évolution du lien amoureux avait partie liée avec l’œuvre. Le legs philosophique de Sartre et Beauvoir est imposant tout en témoignant de l'équilibre d'un couple amoureux volontairement partagé entre raison et passion. A partir d’une critique des théories psychologiques traditionnelles , ce dernier a tenté de représenter l’émotion non comme un simple mécanisme affectif, mais comme un « mode d’existence de la conscience ». 1

En 1949, Simone de Beauvoir publiait Le deuxième sexe. Elle s'orientera vers l'autobiographie à travers la publication de mémoires qui deviendront une Somme. A preuve : Mémoires d'une jeune fille rangée (1958); La force de l'âge (1960); La force des choses (1963).

La représentation du deuxième couple est formée d'un génie de la musique et d'une femme philosophe. La spiritualité jouera un rôle dans cette relation amoureuse entre Franz Liszt et la russo-polonaise Carolyne von Sayn-Wittgenstein. La rencontre initiatique eut lieu en 1847. Dès l'année suivante commence la vie à deux. Dans l'oeuvre du compositeur, ce qu'on identifie sous le titre « Les années de Weimar » fait référence à cette période 1848-1861 où il s'adonnera davantage à la composition. Les annales de la musique les reconnaissent comme les plus productives de Liszt. Le couple tiendra près de vingt ans. La princesse avait vainement tenté de faire annuler un précédent mariage par le Vatican. Elle sera bannie de Russie pour son refus du lien marital et lorsque le mariage avec Liszt devient possible - suite au décès du mari - le mysticisme du compositeur fait qu'il prend ses distances avec l'idée d'un mariage afin de se diriger vers la prêtrise. Il recevra la tonsure à Rome le 25 avril 1865. Le couple demeurera très proche jusqu'à la fin.

Franz Liszt s'éteindra le 31 juillet 1886. Un certain corpus de l'oeuvre de ce compositeur est reconnu comme révélateur d'une métaphysique centrée sur Vie/Mort.

La princesse Carolyne meurt le 9 mars 1887. Parmi les nombreux ouvrages qui auront été du projet de cette femme d'avant garde, retenons :
  • La matière dans la dogmatique chrétienne (3 volumes)
  • Religion et morale (1 volume)
  • Sur la perfection chrétienne et la vie intérieure (1 volume)
  • Causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église (24 volumes)

1  Sensibilité éthique – Eric Volant – Journal Reflets – Déc. 2010 – p. 24

vendredi 14 novembre 2014

En bref...Lumières, Lumières (Tiré du roman "Vers le phare" de Virginia Woolf )



Un texte d''Evelyne de la Chenelière vient de prendre affiche à l'Espace Go. La réflexion met en situation le patriarcat mais aussi le besoin d'approbation à travers le regard d'une société. Ce qui devient révélateur compte tenu que même la femme artiste Lily Briscoe laisse voir son malaise face à l'actualisation de certains choix.

Réflexion intimiste renvoyant à la responsabilisation.  En même temps...quelque chose comme une  invite à l'acte de foi envers soi-même, au présent, et  par delà le paraître!




dimanche 31 août 2014

En bref... Mémoires d'Hadrien - suivis de Carnets de notes.


J'ai terminé les Mémoires d'Hadrien suivi de Carnets de notes par Marguerite Yourcenar. J'y venais pour une réflexion autour des "Carnets de notes" et pourtant les "Mémoires d'Hadrien" m'auront fascinée à travers la pensée éthico-esthétisante  d'un empereur que l'auteure a su projeter jusqu'au sublime.

Sans compter que le livre vient aussi mettre en avant-plan certaines luttes du peuple juif, notamment lorsque la Judée s'efface pour devenir la Palestine, avec remise en état du pays, avec reconstruction du pays et de Jérusalem.

De par la plume de Yourcenar, nous sommes confrontés à un homme de pouvoir s'interrogeant sur les questions existentielles, et ce, par delà tout artifice. Ainsi en est-il lorsqu'il dit: : "Cette mort serait vaine si je n'avais pas le courage de la regarder en face, de m'attacher à ces réalités du froid, du silence, du sang coagulé, des membres inertes, que l'homme recouvre si vite de terre et d'hypocrisie (page 218). (...) Je commence à apercevoir le profil de ma mort (page 308).

Les pages sur la mort m'ont rappelée à un interview dans Le Devoir relatant le contact privilégié d'un intime de Marguerite Yourcenar et qui, quelques heures avant la mort de cette dernière, s'était éloigné du lieu de l'agonie. A l'époque, je me suis interrogée sur la possibilité d'arrangements entre elle et ce proche ami à son chevet, me disant qu'elle pouvait avoir fait  ce choix d'une mort sans aucune assistance.

Ma lettre s'est rendue jusqu'à Patrice Caux, journaliste dont le texte m'avait interpellée. La réponse me vint en janvier 2008. Ma lettre l'avait incité à interroger des individus très au fait de la pensée de Marguerite Yourcenar face à la mort. Ce qu'il introduisait non comme une une réponse mais plutôt comme une piste, à savoir qu'il y a une sorte de gradation dans la mort des personnages de l'oeuvre de Yourcenar.  C'est qu'au fil de l'oeuvre, on avait pu noter qu'ils vont  dans le sens d'une recherche visant à mourir seul et dans le dépouillement,  près de la nature.

Voilà que par le livre "Mémoires d'Hadrien" j'allais me retrouver dans cette vision mystique d'une fin de vie qui, de nouveau, venait me rappeler aux  interrogations très personnelles de 2008  -  non résolues -  concernant la fin de vie de l'auteure des Mémoires d'Hadrien.

En terminant, je voudrais rappeler ces quelques lignes significatives de l'empereur Hadrien:   "J'observe ma fin  (p. 297): cette série d'expérimentations faites sur moi-même continue la longue étude commencée dans la clinique de Satyrus.  Jusqu'à présent, les modifications sont aussi extérieures que celles que le temps et les intempéries font subir à un monument dont ils n'altèrent ni la matière, ni l'architecture: je crois parfois apercevoir et toucher à travers les crevasses le soubassement indestructible, le tub éternel. Je suis ce que j'étais; je meurs sans changer".

Un livre nous introduisant  au regard sur les autres à travers le pouvoir souverain...sans davantage  faire oublier que le pouvoir du souverain ne saurait exempter de la mort!





mardi 18 mars 2014

En bref...Le documentaire intitulé: MIRON: Un homme revenu d'en dehors du monde


La parole mironienne aura été une véritable Marche à l'amour et le documentaire convoque à la vérité des liens de la quête.  Il m'a semblé que par ce film, Simon Beaulieu avait  réussi quelque chose d'important, à savoir recentrer la légende de la Marche à l'Amour là où la hantise porte sur le pays...sans pour autant oublier de célébrer la femme. Ne serait-ce que pour ce recentrage, la quête de Miron y gagne en force et transparence. Tout au long de ce documentaire, Miron se révèle un être de chair et de tendresse s'inquiétant de l'homme agonique  tout en nous renvoyant à la résilience!




jeudi 6 mars 2014

Clara Malraux...une féministe avant l'heure!


Clara Goldschmidt, celle qui deviendra l’épouse d’André  Malraux, est née en 1897 d’une famille de  la bourgeoisie.  A 20 ans, elle est déjà de la cohorte de femmes qui, avant l’heure, viendront paver les voies du féminisme. Même si plusieurs hommes sont passés dans la vie de cette jeune fille riche, à 25 ans…elle est toujours célibataire.  La famille s’inquiète!

C’est l’époque où André Malraux surgit dans sa vie.  Entre eux,  ce sera d’abord un flirt des esprits.   La liaison s’étendra sur plusieurs décennies.  Ils se sont aimés – déchirés – trompés – ont dit les biographes. Ils ont tout connu ensemble, sauf l’ennui! 

Malgré le désir de liberté,  un mariage de convention  viendra s’imposer. Partie à Florence avec son amant, elle croisera un proche du réseau familial.  Ainsi, pour sauver la réputation de sa compagne de voyage,  Malraux propose de l’épouser, mais de  part et d’autre, on s’entend pour un divorce après six mois de vie commune.

Toujours mariés…cinq ans plus tard.  Elle tente  pourtant de s’éloigner pour parer à l’étouffement  qui vient du couple…mais reviendra.  Elle s’autorisera  à faire le bilan de leur relation.  Parmi les révélations, cette phrase suggestive  «  Il est comme les gaz, il prend tout l’espace. [1]   Elle se sent concernée par les rapports de forces  du patriarcat lorsqu’il pose un jugement sur les femmes. Contempler un tableau peint par une femme lui faisait dire avec une moue « c’est de la peinture de femme ». [2]   Ce qui lui faisait trouver inadmissible qu’un homme puisse être jugé par une femme.  [3]

Bref, elle était revenu tout en cherchant l’équilibre à travers des dénonciations imageant son mal d’être à travers l’écreiture : « Vous ne savez à quel point, moi qui suis faite pour parler, je me tais en votre présence. »(…). « Pour la première fois, être votre femme non seulement ne m’apportait rien mais encore m’enlevait ce qui m’avait appartenu. » [4]    « Je marchais bien autrefois, sûre , on pouvait écouter mon pas : une petite armée. (…) sans oublier de nous renvoyer au pouvoir patriarcal :  « Maintenant je sautille à côté de lui, les souliers d’hommes font moins de bruit que ceux des femmes. Tout ce qu’on ne leur défend pas, tout ce qu’ils peuvent recommencer une fois, deux fois, trois fois. » [5]   

En dépit de la ruine de sa famille, le couple restera dédié à des projets impliquant l’art et les voyages exotiques.  Notamment par  la mise en branle d’une expédition pour récupérer des œuvres d’art au sein de temples du Cambodge, œuvres qu’elle et Malraux espéraient revendre en Amérique.

Ils sont faits prisonniers.  Elle sera celle qui usera de stratégies pour orienter son retour en France, à savoir simulation du suicide et d’une amnésie afin de mobiliser les forces de l’intelligentsia politique.  C’est ce qui les sauvera. Ce retour en France lui permettra d’orienter les interventions politiques concernant l’emprisonnement d’André  Malraux.  L’Histoire dit  qu’il lui en voudra d’avoir raconté la vérité de l’expédition liée aux  trésors artistiques alors qu’il aurait voulu en maquiller les faits.

Ce sera la fin du couple après quinze ans de vie commune…mais Clara continuera de porter le nom de Malraux tout en affichant résolument des positions politiques allant souvent à l’encontre de son ex-mari.





[1]  Ibid p. 256
[2]  Nos vingt ans – Clara Malraux – p. 279
[3]  Ibid p. 280
[4]  Ibid , p.265
[5]  Ibid p. 233

dimanche 3 novembre 2013

En bref... Prendre acte ...d'Andrée Yanacopoulo - Ma réflexion critique

Le propos est intéressant tout en faisant émerger le parcours original d'une femme qui, bien avant l'heure du féminisme, aura vécu ses attirances pour les hautes sphères du savoir tout en affichant  des intérêts dépassant le cadre de la famille.

Il faut admettre que par cette publication,  l'auteure ouvre sur un versant intimiste de la vie d'Hubert Aquin tout en nous tenant éloignés de l'intimité des lieux. Pour ma part, j'aurais voulu plus d'abandon.!  Trop souvent l'auteure se protège par le discours elliptique et même si  certains faits sont abordés, elle nous laisse ignorer la vérité profonde de moments particulièrement chargés.  Je ne ferai référence qu'à  l'oeil crevé ou aux moments renvoyant au désordre épileptique...mais aussi à la violence.

Ainsi jusqu'à la fin... l'ambiguité  puisqu'on demeure dans l'ignorance de ce qu'elle aura voulu livrer en signalant (p. 203) la liaison d'Hubert Aquin avec C.R.

Il en aura été de même pour le premier mari,  lequel arrive très vite...pour disparaître dans la nébuleuse d'un couple dysfonctionnel.

Et pourtant, malgré la retenue du ton,  le livre est intéressant du début à la fin.

mercredi 6 février 2013

En bref ...Le roi se meurt (Ionesco)

Le roi se meurt d'Ionesco mis en scène par Frédéric Dubois au TNM introduit à une mise en scène moderne et  efficace. Brièvement, je dirai que ce Théâtre de l'Absurde confronte  au problème central d'une vie humaine.  Tout d'abord, on est  face au pouvoir d'un JE qui se croit souverain et qui, graduellement, se verra confronté à l'impouvoir, puis à la fin à ce qui est solitude existentielle.   Magnifiquement présentée à la toute fin, on constate  l'évidente solitude d'un corps qui ne veut pas mourir. Il s'agit du roi, lequel  avance sans  trop savoir ce qu'il trouvera sur l'horizon noir  qui s'offre.  L'horizon est vaste et noir...il n'y a  plus de Cour... le roi est seul face à l'insondable!   Tout en respectant le texte...la mise en scène ouvre à des perspectives transcendantes, et ce,  malgré le Théâtre de l'absurde! 

mercredi 5 décembre 2012

En bref...Christine "La reine garçon" au TNM

Cette création de Michel Marc Bouchard est de haut voltige tant sur le plan du texte que par le jeu des acteurs. Ce que sert la mise en scène de Denoncourt. Le jeu de Céline Bonnier renvoie à une palette d'émotions tout en nous rapprochant de dialogues d'une extrême finesse.

Certes, les polarités du personnage principal sont servies par la mise en scène et par le texte, mais encore fallait-il posséder ce régistre d'émotions pour camper Christine, la reine garçon.  La qualité du jeu nous renvoie constamment à ce double rapport, à savoir altérité de la souveraine et celle d'une femme amoureuse.  On est véritablement sous un double joug puisque fascinés par la richesse du texte et par le jeu de l'ensemble des personnages. Sans compter qu'il s'y trouve également un rapport à l'Histoire!  Véritablement fascinant!

J'aurais un bémol pour l'un des personnages. Il s'agit de Descartes que j'aurais voulu plus cérébral alors que nous renvoyant au psychologue attentif  quand nous sommes devant un maître philosophe de l'Europe!

Que dire de plus sinon que littérature et théâtre ont le mérite d'introduire à l'ambiguité...mais en ce qui concerne Descartes, je restais plutôt incrédule!

mardi 1 mars 2011

Lettre ouverte sur L’Avenir dégagé: Gaston Miron

J’ai fait lecture de la publication "Gaston Miron – l’Avenir dégagé – Entretiens 1959-1993" publié par les Editions de l’Hexagone ces derniers mois. Le livre oriente d’emblée vers une juste représentation de la stature de Gaston Miron. Force est de constater que de nombreux fragments restent d’actualité, notamment en ce qui au trait au colonialisme institutionnel et ses effets (pp. 126-128).

mercredi 31 mai 2006

Notes d'espoir d'un "joueur de piano"

PIERRE JASMIN se raconte à JEANNE GAGNON


AVANT-PROPOS

Pourquoi ces entretiens avec le pianiste  des Midis Beethoven et des Lundis Mozart?   D’une part parce que le pianiste Pierre Jasmin séduit par sa pédagogie pré-concert, laquelle,  peu importe le lieu,  sert au nivellement entre le public et l’œuvre.   Par ce rapport intimiste avec l’audience, s’amorce invariablement la réflexion autour du discours musical sans pour autant négliger quelques détours savants conduisant vers des liens  poético-philosophiques.  La profondeur des propos pourrait lasser, mais le public demeure  attentif, voire abandonné au sensible avant l’interprétation.  Il faut dire que, malgré l’altitude,  malgré la livrée de textes savants des musicologues de l’Olympe, Pierre Jasmin possède l’art du discours intimiste avec son auditoire.

Convoquée par ces hautes cimes de la musique,  à  la fin des concerts Beethoven, et plus encore à la fin des concerts Mozart,  je me suis sentie désireuse de prolonger la réflexion. Il m’a fallu préparer un canevas autour d’un profil d’entretiens, tout en établissant les jalons pouvant laisser des traces à travers une publication.  Les échanges allaient me confirmer la vocation d’un pédagogue passionné par son métier.  Et, par delà le musicien et pédagogue, me révéler l’homme engagé  à travers les Artistes pour la Paix. 

Le plus difficile fut de m’approprier la baguette du chef d’orchestre.  Je voulais me faire plaisir,  à savoir tenir compte  de mes attentes face à un musicien.  Ce qui allait nous mener vers un ensemble de profils, voire au rapport physique que veut la musique – le rythme et le suprarythme,  et même faire intervenir la sensualité du langage musical.  Certains s’en étonneront mais il ne faut pas oublier que même Saint-Augustin a pu se reprocher le trop plein d’émotions que provoquait chez lui  le chant des psaumes à l’église.  En même temps, les entretiens m’obligèrent  à tenir compte des versants culturels et politiques.  Et là,  le pédagogue vint m’inspirer avec brio.

Tout musicien formé en milieu académique connaît relativement bien le terrain des techniques et postures.   D’ailleurs, ces dernières prennent  de plus en plus d’importance au sein du milieu académique.   Ce que prouve un article récemment paru dans les pages d’un quotidien et qui disait :  « l’évolution de l’enseignement en haut lieu, tel le Conservatoire Royal de Toronto qui voudrait articuler l’enseignement de la technique à travers des laboratoires mettant en relief la gestuelle (mouvement des bras – des doigts – des coudes – des épaules et permettre à l’élève de mieux comprendre le langage pianistique à travers compréhension de codes gestuels, mais aussi à travers l’accès à des supports où l’élève peut devenir l’observateur face au couple interprète-interprétation. (Le Devoir – 26 mars 2006).    Beaucoup d’élèves ayant étudié la musique dans les écoles privées resteront peu avertis de l’importance du physique face à l’instrument.  Ce qui fut mon cas.   Ce sont des instrumentistes qui se seront adaptés dans l’ignorance.  Pire encore, certains, tout comme moi,  auront  été déstabilisés par un traumatisme ayant des conséquences dans le rapport à l’instrument.  Je fais référence à la contribution des membres supérieurs et inférieurs à travers  des  postures qui sont de la pédagogie d’un maître de musique.

L’interrelation me sera révélée lors des classes de maître de Monique Deschaussées.  Par cette pédagogue de réputation internationale, je prenais conscience d’un lien organique mettant en compte  savoir intellectuel et  représentation physique à travers des codes servant  l’interprète et l’interprétation.  A partir de ce moment,  j’ai compris que le maître pouvait  posséder  la science musicale  et devoir admettre son inaptitude à la plénitude  pédagogique.

Les entretiens m’auront  permis d’insister sur tout ce qui me hante à travers la musique :   technique, couleurs et formes d’un langage sensible, exigences physiques de la partition, fidélité au langage par l’interprète,   spiritualité à travers l’interprétation, etc.     Certaines de mes questions  liées au physique ont étonné Pierre Jasmin, mais c’était dans l’ordre des choses, compte tenu de mon intérêt pour  ce qui engage le corps à corps avec l’instrument.  D’autres interprètes en ont traité.     Ainsi, Ciccolini n’hésite pas à  signaler certaines particularités du rapport physique que veut l’oeuvre :  « On a fait des calculs : le concert d’un pianiste équivaut à plusieurs kilomètres de marche d’un pas assez rapide, sinon à 8 heures de travail manuel simple » (Extrait :  Musique et vérités – Monographie – Entretiens avec Aldo Ciccolini – UQAM – ML 417C58 A38.1998).

En salle de concert,  les  exigences d’une partition échappera  à l’audience alors que lors de la série Midis Beethoven avec Pierre Jasmin,  rien ne pouvait nous échapper.  Ainsi,  l’audience aura eu  tout le  loisir de s’attarder sur des détails.  Habituée des concerts,  j’avoue que la proximité avec le pianiste m’aura servie à plus d’un égard.

Même si la pédagogie pré-concert aura joué son rôle, disons que l’interprétation de la Hammerklavier devint  révélatrice d’une autre dimension.   Voilà que j’en découvrais la beauté esthétique et sensible.  Non seulement  en ai-je découvert l’aspect titanesque,  mais j’accédais à la beauté d’une œuvre qui m’avait toujours paru  déferlement  de notes sans relief.    L’interprétation de Pierre Jasmin m’ouvrait à la sensibilité et  à l’esthétisme sans pour autant me faire oublier l’aspect titanesque dont parle Ciccolini.   Rappelons qu’il s’agit d’une pièce de répertoire  abandonnée  pour ses exigences physiques par des interprètes éminents, dont  Alfred Brendel  lui-même.   (Le Devoir – 29 janvier 2006).

Lors de nos entretiens, j’ai pu aborder quantité d’aspects liés aux  interprétations.  Si je n’étais pas toujours en accord avec les  positions de Pierre Jasmin,  je peux dire que nos échanges auront été riches de sens.  Il y eut de parfaites similitudes de vues, mais aussi des oppositions.   Ce qui relevait de choix viscéraux faisant partie de nos identités respectives.   Ce qui fait dire  à Ciccolini :  « J’admire Bach mais je ne l’aime pas.  Vivaldi : Je ne l’aime pas ni ne l’admire.  Voilà pourquoi, malgré le plaisir du partage,  force était de convenir de divergences de vues autour d’interprétations.

Et maintenant, que puis-je vous souhaiter de mieux que l’abandon au plaisir d’entretiens faisant connaître un pédagogue passionné,  un interprète de calibre international  qui  aura su profiter d’influences  ayant jalonné sa route tout en servant la pédagogie musicale  de l’UQAM.   Et parmi les influences dont il a su tirer partie,  celle toute particulière de Pierre Péladeau.  Ce dont le pianiste nous entretient en toute générosité.


Jeanne  Gagnon
Le 31 mai 2006


Parution : Édition Triptyque, 2006,  Montréal, 266 pages.

vendredi 30 avril 2004

Lettre ouverte à Christian Desmeules - Journal Le Devoir

Lettre à Christian Desmeules
Journal Le Devoir
(Lettre ouverte datée du 30 avril 2004 - non publiée)

OBJET:   Votre article intitulé "Miron, moi et je - Édition Le Devoir -  27 mars 2004

Monsieur,

Votre article du 27 mars m'a interpellée à différents égards, plus spécifiquement dans les symbolismes que représentent  pouvoir/impouvoir dans l'authenticité d'un langage. J'ai hésité longtemps avant de vous faire part de mes commentaires.

vendredi 24 janvier 2003

L'Ouvre-boîte au TNM - Année 2003



Le 24 janvier dernier,  j’ai revu la pièce L’Ouvre-boîte après vingt-cinq ans d’intervalle.  Une pièce intéressante si l’on tient compte du langage et des comportements  de deux individus en situation de survie.  Confrontation intéressante des rapports de forces entre le corps et l’esprit.

Très belle représentation d’une philosophie du « nous ».   Et pourtant,  la réalité ramène aux vérités profondes de l’être, car  l’un et l’autre  des individus revient  à son individualité à travers l’émotion.  Ainsi,  lors de la fin prévisible, les deux individus  sont proches physiquement mais dans le rapport au « je » et l’idéologie du « nous » n’a plus cours.   Bref,  quand vient ce moment  imminent de la  fin… celui qui représente le corps dit :  « Qu’est-ce qu’on va devenir » et l’esprit de répondre; « Ne pense pas ».

L’actuelle  réflexion sur l’Ouvre-boîte est faite à peine quelques heures après avoir vu la pièce au Théâtre Jean-Duceppe.   Tout comme l’Algérienne qui m’accompagnait,  j’ai goûté tant le sujet que la mise en scène.  Je faisais des comparaisons puisque j’avais déjà vu l’œuvre. 

Ainsi, il m’a semblé que le personnage du philosophe était plus incarné.  Était-ce par le jeu de l’acteur ou par la mise en scène?   Difficile à affirmer, mais il y avait probablement un peu des deux!   Je donnerai deux exemples précis :  le fait qu’il fasse du yoga nous renvoyait  à un intellectuel plus sensible au corps, à savoir  à un modèle d’intellectuel capable de ramener au spirituel intégrateur.  Et là où il devient le plus incarné est cette scène où il y a mort simulée par son compagnon  et quand on perçoit l’émotion de « l’homme d’esprit » à travers comportement et langage.

La pièce ramène à des moments intéressants de dualité propre à chaque  humain, tant par le langage que par les comportements de l’un et l’autre .  Prenons comme exemple,  la mort simulée du compagnon et qui fera dire à l’intellectuel :  « qu’est-ce que je vais devenir ».  Prenons l’exemple du moment où l’intellectuel veut inculquer l’idée du « nous » alors que son compagnon veut savoir qui des deux pourra s’approprier la nourriture.    Il y eut des moments  hilarants,  mais je sais gré à la mise en scène  et aux acteurs de nous .avoir gardés  dans la profondeur du sujet.

Je voudrai retrouver mes notes de journal  d’il y a vingt-cinq ans, car j’ai souvenance que l’intensité du sujet s’estompait dans la frivolité d’un langage de premier niveau.    D’ailleurs, j’ai encore mémoire le fait de m’être offusquée des rires quand la force du langage s’en allait mourir derrière le personnage que représente Deschamps. Évidemment…il était difficile au monologuiste Deschamps de se faire oublier, mais la mise en scène  a son importance.





Commentaires tirés de mon journal  –   Le 27 janvier 2003

mardi 1 mars 1994

La voix est messagère de l'éternité


Je n’avais pas encore atteint l’âge de raison que la voix ouvrit au temps de la grâce. Sitôt touché, mon pas ressentait l’affleurement et j’accédais au pouvoir immanent du regard. La vision s’étendait par-delà l’horizon de l’église, par-delà cette forêt séparant des cantons avoisinants pour atteindre des frontières insoupçonnées. Vision sans conséquence jusqu’à la déchirure du voile sur l’écart.

J’étais une enfant lorsque vint mon pas dans l’alcôve du temps suspendu. La mémoire a gardé le haut-relief de l’un d’entre nous, comme un retable du temps ineffable, avec des modelés éminents, sa lumière sur le mordoré des étoffes, lumières filtrant l’opacité de la poussière balayée par les semelles. Je ne saurais présumer de l’instant initiatique ni de l’âge que traversait l’enfance lorsque vint ce moment de grâce.

C’était un jour d’été particulièrement chaud. J’étais des acteurs et figurants d’une fresque en mouvement. Dans ce cadre temporel, mon regard embrassait la dignité d’un rassemblement animé de gestes symboliques. Entre figurants et acteurs, je me mouvais de la distance sensible à la majestueuse composition.

Sans cesse ramenée d’une coupe à l’autre par un déplacement spatial. L’un m’isolait de l’agitation; l’autre me ramenait à la fresque. Tel le pouvoir d’une lentille ou par effets gyroscopiques aux variances du temps suspendu. Détachement d’une loupe qui me renvoyait jusqu’à l’image de mon corps fragile.

Dans ce cadre temporel, j’étais absorbée par le chatoiement de la lumière du jouir sur le mordoré des étoffes, par le mince voile de poussière sous l’effet des pas, par la chorégraphie des gestes, par les allées et venues d’une cohorte humaine d’emblée tournée vers une jeune fille nubile.

Partagée entre le sensible et la matérialité d’un tout m’englobant. Dans la quiétude d’une vision en aparté sans ressentir l’isolement. Béatitude qui émanait tant du tableau que du flanc rassurant de la femme orientant le déplacement des acteurs. Cette femme était ma mère.

On eût dit que les vois discouraient au-dessus de ma tête bien que l’entendement me fût connu. Tel un langage divulgué dans la cadence de forces et mouvements stylisés. Tel un cérémonial empreint de sacré. Tableau sublime que le Titien aurait intitulé : La jeune fille au grabat.

On s’avançait sur la place entre deux habitations séparées par un mince filet de route. Les cheveux de la jeune fille étaient enroulés dans un serre-tête blanc. Sa présence restait au cœur du tableau. Son corps longiligne moulé par les couvertures, la tête droite sur l’orient de sa couche, silencieuse et présente dans les glissements obliques du regard allant des acteurs aux figurants près du  brancard.

Emphatiques, les porteurs s’avançaient vers l’autre face de la route alors que ma mère orchestrait le mouvement. Ils allaient enjamber la route séparant les deux habitations quand le nerf optique rompit avec la lumière et l’univers de la fresque s’effondra sans retour.

La grabataire vécut quelques jours au sein de notre famille. Le temps de séparer l’adolescente en typhoïde d’une mère en couches. Pourtant, rien de son passage entre nos murs, ni du repli de cette fresque vers son point de création n’aura subsisté en ma mémoire.

L’enfance fut ainsi, traversée de modulations fugitives de plus ou moindre intensité. Certains jours, enveloppantes comme une nuée; d’autres jours, insaisissables comme l’impromptu sur le chant des cigales, sur le temps d’une ronde, sur l’écho au-dessus des bleuetières. Furtifs moments qui suspendaient l’heure sans en briser l’innocence.

Malgré la candeur du regard, mes pas étaient guidés vers l’écart. C’est ainsi qu’à l’adolescence se profila le temps indicible au-dessus de la mare. La nocturnale de l’étang n’avait rien de commun avec les espiègleries sous le soleil ni avec les captures de batraciens et têtards de mes frères.

Bercée par le coassement des grenouilles, le regard sur la mare entraînait dans un vide bleuté. J’en revenais sans meurtrissure alors que j’avais dépassé le clocher du village et l’aréna, l’emplacement des fêtes foraines et les bleuetières.

Dès la première jeunesse un déménagement coupa de l’étang. Ce que cette lagune avait ouvert de perspective n’était allé plus loin que l’horizon flou des rêves.

Malgré un goût pour la contemplation, rendue au cap de la mi-trentaine je détournai le regard de l’Église. Pensée et sensible composaient avec l’errance. J’allai sur une route faite de ponts et déchirures jusqu’aux limites de l’obsédant horizon.

Arrivée entre sextant et boussole il n’y eut qu’à me pencher sur l’écart. Je crus que la verticalité allait l’emporter sur l’horizontalité. Je crus ne pouvoir revenir à la distance du front levé sur le champ de ma vie.

Pourtant, de ce regard vint la reconnaissance de l’éternité. De ce regard origine la conscience de l’esseulement. Rencontre de l’intemporel confronté au temps qui, sur mon visage, avait laissé des traces alors que l’éternité m’ouvrait à l’inexistence du temps.

La pensée voulut sonder par le haut. Un reste d’espoir m’accompagnait sur le versant de l’Ubac. D’un pic à l’autre la mutité du Père et le poids infini de l'esseulement.

C’était un vol de nuit. Plus encore, c’était la nuit de Noel. Résolue, à 30 000 pieds d’altitude, je m’approchai du mystère. Près du hublot, les mots alternaient entre questionnement et oraison. Du temps de l’enfance, à cette altitude j’eus touché les portes du Paradis. J’ouvris la veine ardente pour retrouver la vision enfantine. En vain.

Après quelques heures de vol j’arrivai à la longitude du dépassement quand, sans trembler, mon regard se posa sur le trou noir avalant les naines blanches.  Il y avait la profondeur de la solitude existentielle noyée dans l’infini. Il y avait mon bras sur l’accoudoir et ce regard traversant le hublot de l’éternité dont j’étais un élément sans âge.

Je revins à la gravité de l’âge du corps. J’allais et venais entre le stoïcisme et l’absurde. Le sensible l’emporta sur l’apagogie. Ce qui restait de choix véritable allait passer par la voix et les mouvements qui la font exister dans le temps de nos vies.  Mouvement du rapport à l’autre à travers le lien qui fait sens. Lien amoureux, lien avec la famille, lien avec la société.

Déjà l’écart existait avant la longue marche mais au sein de la famille, l’après-chaos avait exacerbé les tensions. D’un côté, le nivellement des voix; de l’autre les compétitions et rivalités. Telle une guerrière je déchirais des voiles pour me retirer et refaire le souffle que voulaient récupérer les souffrances de la mère. Reparaissant dans l’inattendu alors que les masques et rapports mimétiques n’avaient pas été préparés. Guerre sainte contre l’aliénation d’un surmoi envahisseur doublé d’une relève matriarcale protégeant le joug des mères.

Surmoi et matriarcat ont survécu à la guerre mais les masques ont subi des craquelures. De cette guerre où le souffle s’est surpris dans la haine de la famille et de la mère, je suis sortie purgée. D’abord purgée des rivalités et rapports mimétiques; ensuite purgée de la haine du pouvoir matriarcal cristallisant la voix maternelle dans ce lien servant les peurs d’influences en brimant les libertés individuelles. De ce long cheminement vient le sentiment d’appartenance à la famille.

Plus de quinze années se seront écoulées avant de vivre le lien sensible sans craindre cette manipulation par la souffrance. Avant de rencontrer l’autre femme. Avant de parler du père. Avant d’entendre la mère dans sa propre voix.

Puis un jour je passai à l’ultime aveu de mon âge. Origine tue dont le cours remonte à plus de 150 000 ans. La mère m’a regardée, l’œil noir, dérange par le propos. Poétique aveu faisant état du temps où nous étions sœurs. Poétique aveu ramenant les coupes du temps jusqu’à ce dernier sein.

Son rythme biologique s’est transformé depuis le récent accident cérébro-vasculaire. De laver sa vulve m’a ramenée au limon d’origine. Ainsi de l’agilité d’autrefois il ne reste que l’ombre fragile d’une femme penchée sur l’impalpable horizon de ses quatre-vingts ans. En dépit de la canne et des cataractes, l’éternité de la voix bat le tempo pendant que, telle une sentinelle, son regard veille sur la famille et ses chaos. Parfois, nous parlons de la Voix. Cette Voix qu’elle nomme Dieu.

Ces dernières années elle s’est rendue jusqu’à Leibniz. Je n’y suis pour rien et j’ignore toujours par quel hasard, sans disposition pour ce genre de lecture, ma mère s’est retrouvée dans un texte sur les monades et l’harmonie de l’âme. Lecture dont elle a recopié un fragment de sa main, puis abandonné au milieu de polices d’assurances. Au mot « harmonie » il manquait la lettre « h » mais la pensée du philosophe n’avait pas été trahie.

Mon regard interrogateur se pose toujours sur l’horizon. Dans le champ du regard il y a des sociétés en mouvements d’identité et des frontières qui tombent. L’écart entre l’Humain et Œkoumène reste invisible à l’œil nu mais sa dimension pourrait demander le passage d’autres chaos dans l’éternité impliquant même les étoiles.

Les souliers qui m’ont fait avancer jusqu’à l’écart sont restés parmi les souliers vernis. Ils témoignent de la marche et de l’horizon qui n’en finit plus de s’éloigner à mesure qu’on avance dans le temps.

Je vis constamment les contradictions de mes polarités et la pensée fustige toujours mon pas trop lent, hantée qu’elle est par l’horizon alors que ses méandres sulfureux sont jugulés par la voix et le zen. Cependant, elle reste le miroir fidèle du besoin de connaissance et de mes propres limites.


Je voudrais me faire Grand Inquisiteur sur l’écart qu’il me faudrait admettre l’existence de l’Homme-Dieu. J’accepterais les souffrances du Christ et la distance de Bouddha sur la souffrance que, derrière les cliquetis d’ustensiles, poindrait toujours l’esseulement.

Cette voix que longtemps je nommai Dieu-Père. C’était avant de me pencher sur l’écart et de reconnaître l’éternité.  Avant l’Ubac et les déchirures. Avant la réalité ternaire et la reconnaissance de la responsabilité dans l’éternité d’une voix. Avant de reconnaître le pouvoir du Centre sur le tempo de la voix.



Publié en 1994 dans Moebius : écritures / littérature, n° 60, pp. 55-59.