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jeudi 7 mai 2015

Lutte des classes et renouvellement des rapports de forces

Ma réponse à M.R.


Mon texte intitulé « Non à l'austérité » (vol 7, no 1, fév 2015) est venu soulever quelquess interrogations concernant ce qui s'apparente à de l'essoufflement, voire même à la fin d'un rêve! Ma vision se profile sans ambiguité dans l'extrait suivant: « Et pourtant, nous sommes de ce monde en profonde mutation. Il est plausible de nous imaginer dans la foulée d'une lutte à finir à travers générations...tout en admettant que l'accélération de la robotisation du travail pourrait favoriser la fin de la lutte des classes . Pourquoi la fin? Parce que les maîtres du capital prennent de plus en plus de pouvoir à travers technologies et mondialisation.» 1

Sans pour autant être du côté du capitalisme, je sais que la longue marche menant vers un profil socialiste restera un monde idéal à conquérir par une longue marche. Un professeur de l'UQAM a récemment publié Autopsie d'un mythe2 afin de faire le point sur la pensée politique de la gauche québécoise, mais aussi renvoyer à ce qui ressemble autant à la trahison qu'à l'absence de legs par un retour du maître vers la case de départ. Ce qui nous renvoie à ce maître du marxisme revenu au capitalisme. La pensée analytique de Louis Gil permet tout autant de reconnaître les limites des uns et des autres à travers les forces politiques d'une doctrine.

Pour toutes ces raisons, je m'interroge sur le profil de luttes citoyennes des prochaines années...et dès lors sur le profil évolutif d'une lutte des classes selon la théorie marxiste. Justement parce que des mutations d'époque feront surgir non seulement des luttes multiformes, mais aussi ce besoin de repenser les mots « prolétaires et bourgeoisie ».

Reconnaissons toutefois l'importance des paroles à travers débats. Tant et aussi longtemps que perdure le silence sur le pouvoir sournois du capitalisme, le jeu de ficelles derrière l'écran fait qu'on peut croire à la transparence de certaines ententes politiques quand il s'agit d'interventions servant les rapports de forces et les orientations du capital. A preuve les avancées de Noam Chomsky concernant les façades qui peuvent mettre l'ONU en avant-plan quand, derrière le paravent, se recoupent l'OTAN et les États-Unis! 3


1. Non à l'austérité! Jeanne Gagnon – L'Arc en ciel, Fév 2015, Vol 7, no 1.
2. Autopsie d'un mythe – Réflexions sur la pensée politique de J-M Piotte, Louis Gill – M éditeur, 2015 (144 pages)
3. Le nouvel humanisme militaire – Leçons du Kosovo , Noam Chomsky, pp. 154-161

dimanche 1 février 2015

Non à l'austérité!

Quatre locataires de la Résidence Mile-End ont participé à la marche contre l'austérité le 29 novembre 2014. Même si la photographie ne peut témoigner de la présence de la quatrième locataire, Monique Rocheleau, celle-ci était bel et bien sur les lieux à l'heure de la photographie, tout en s'adonnant à la distribution de tracts. Noms des trois locataires photographiéses Eliette Belliard – Jeanne Gagnon – Michelyne Mailloux.


Copie du texte publié sur Internet quelques heures après la marche

« J'étais de la foule des manifestants venus faire entendre leurs refus de l'austérité. Cette lutte citoyenne nous concerne à plus d'un titres. D'abord dans nos individualités respectives, mais aussi comme membres d'une société dont les valeurs menacent de basculer à travers la concentration du capital. Ce qui, depuis Engels, se nomme "lutte des classes, lutte que d'aucuns ont cru" terminée. i

Pour Jacques Grand'Maison et d'autres...la lutte des classes est restée d'actualité tout en s'inscrivant dans le temps à travers l'éducation et le rapprochement des superstructures. Ce qu'il traduit ainsi : « On ne pourra jamais si les culturels, les politiques, les socio-économiques, les mystiques s’enferment chacun dans leur sphère, si les militants ou les intervenants ne développent pas des pédagogies politiques plus pertinentes, si les agents de changements historiques n’ont pas de véritables pratiques sociales, mais uniquement des logiques idéologiques ou structurelles, des instruments critiques." ii

Ce que nous percevons du discours de la mondialisation est lié à cette volonté politique de briser les contraintes en renvoyant à « moins d'État ». Dès lors, ce langage fait lien avec le discours de la "lutte des classes et son extinction". iii Le collectif est d'avis qu' une telle réalité reste irréalisable tant et aussi longtemps que la société fonctionne sur le modèle sectorisation.

Et pourtant, nous sommes de ce monde en profonde mutation. Il est plausible de nous imaginer dans la foulée d'une lutte à finir à travers générations...tout en admettant que l'accélération de la robotisation du travail pourrait favoriser la fin de la lutte des classes. » Pourquoi la fin? Parce que les maïtres du capital prennent de plus en plus de pouvoir à travers technologies et mondialisation.

Nous sommes à une période qui voudra plus d'interventions branchées de la part de la masse citoyenne. « Nous sommes confrontés au passage de la civilisation de la modernité capitaliste politique à une autre civilisation » là où nous aurons à questionner un ensemble de faits, y incluant les formes de partages. iv

Ainsi peut-on admettre que l'heure de la mondialisation de l'économie ambitionnée par le socialisme nous confronte à l'évidence d'un fossé qui n'en finit plus de se creuser entre riches et pauvres.


i Un contrat social, Marc Brière, pp. 48-49
ii Une société en projet, Jacques Grand'Maison, p. 135
iii La lutte des classes et son extinction/Les enjeux de l'autonomie – Ed. La pensée sauvage, p. 55 – Collectif – Grenoble 1984
ivManifeste pour l'humanité – J.G Lacroix & J.A. Mascotto – Lanctôt éditeur – 2000.

mardi 14 septembre 2004

Prostitution et «entrepreneurship»

Selon l'adage des temps, la mondialisation inviterait à l'intégration de tous les marchés générateurs de capitaux. Certains pays ont devancé la mondialisation pour l'intégration de l'industrie du sexe dans le PNB, quand d'autres se sont dotés de barrières susceptibles de décourager les marchés à travers l'offre et la demande, et de même filtrer l'immigration.

Ici au Québec, et à l'heure virtuelle de la mondialisation, les travailleuses du sexe ne revendiquent rien quant au PNB, tout en œuvrant en collectif dans le but de faire connaître leurs attentes. D'ailleurs, entre 2001 et 2002, la Fédération des Femmes du Québec (F.F.Q.) s'est penchée sur les droits (sécurité et santé) lors d'une assemblée générale spéciale. Cette rencontre prenait le relais d'un sondage en régions.

Les valeurs touchant la prostitution font intervenir le travail, les violences, les rapports structurels à travers la législation du travail. Le discours des travailleuses du sexe était, et demeure, discours branché sur le local à travers la volonté politique d'une reconnaissance du travail du sexe. Dans l'orbe de cette reconnaissance viennent en compte les droits (sécurité/santé). C'est à ce carrefour qu'interfère le rapport au structurel (Normes du Travail/ CSST) et aux valeurs d'une société à travers le travail.

La dynamique de l'Assemblée Générale aura confronté travailleuses du sexe et intervenantes de milieux communautaires regroupées sous le chapiteau de la F.F.Q. Par absence de vulgarisation, le parterre féministe est resté muet... ou presque! Tout comme moi, de nombreuses femmes ont dû s'interroger sur l'appartenance d'un tel débat à la F.F.Q., eu égard à la gravité des enjeux.

Les marchés du sexe et le P.N.B.

Lorsqu'on aborde le P.N.B. avec des organismes comme Stella, organisme-pilote des revendications des travailleuses du sexe, on constate la vision individualiste des travailleuses, à savoir une vision déconnectée de toute déclaration du revenu, voire de toute relation avec l'industrie du sexe et ses revenus, à plus forte raison le P.N.B.

mardi 27 août 2002

Les Cents premiers jours d’un président

Lettre ouverte envoyé à Monsieur Michel Sawyer
Président national du Syndicat de la Fonction Publique du Québec (S.F.P.Q.)


Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance tant de votre éditorial intitulé «Les cents premiers jours» que de l’interview portant sur «Les défis» qui sont vôtres comme président du S.F.P.Q. (Journal du Syndicat de la Fonction Publique du Québec, juin 2002).

mardi 4 juin 2002

Syndicalisme et capital : Deux visions des droits

Par : Jeanne Gagnon

Publié dans le Journal Visions-Voisins / Vol. 9 – No 5  (Juin 2002)

En quelques siècles, le monde a traversé deux révolutions du travail. Tout d’abord, la révolution industrielle, soit celle que Toynbee situait entre 1760 et 1830 ou dans la foulée de l’implantation massive de l’usine. [i] Cette révolution s’était développée spontanément pour se voir propulsée et orientée par le capital.

La seconde révolution émerge du dernier quart de siècle, et malgré ce qui semble libre évolution, il existe des contraintes qui viennent de confrontations entre le capital marchand et le capital humain.  Toutefois, malgré les droits acquis du syndicalisme, voire malgré l’enchâssement des droits dans les traités européens [ii], la partie n’est pas gagnée.  A preuve : plusieurs pays signalent à la face du monde des reculs d’importance quant aux droits du travail. A preuve : le gouvernement Berlusconi ayant introduit une série de modifications au code du travail visant à remettre en cause les acquis sociaux et à réduire le poids politique des syndicats. [iii]  A preuve, toute cette littérature démontrant que les gouvernements et les populations sont en train de perdre tout contrôle sur la mondialisation et comment celle-ci entraîne dans son sillage un cortège de pauvreté, de conditions de travail et de vie abominables, d’enfants au travail, de travail forcé et d’exploitation des femmes. [iv]

On le sait, la révolution industrielle a laissé des meurtrissures dans les annales par rapport à l’absence d’orientation. En voici un premier exemple éloquent :  « Une foi aveugle dans le progrès spontané s’était emparée des esprits (…). Les effets que celui-ci eut sur la vie des gens dépassèrent en horreur toute description.  Au vrai, la société aurait été anéantie, n’eussent été les contre-mouvements protecteurs qui sont venus amortir les mécanismes autodestructeurs. » [v]  Le deuxième exemple est tiré du folklore anglais de l’époque, lequel rend l’image de l’exploitation entre drapiers et artisans : [vi]

« De tous les métiers qui s’exercent en Angleterre il n’en est pas un qui nourrisse son homme plus grassement que le nôtre. Grâce à notre commerce, nous sommes aussi bien mis que des chevaliers. Nous sommes gens de loisir, et menons joyeuse vie.

Nous amassons des trésors, nous gagnons de grandes richesses à  force de dépouiller et de pressurer les pauvres gens.  C’est ainsi que nous emplissons notre bourse, non sans nous attirer plus d’une malédiction.

C’ est ainsi que nous acquérons notre argent et nos terres, grâce à de pauvres gens qui travaillent soir et matin. S’ils n’étaient pas là pour peiner de toutes leurs forces, nous pourrions aller nous pendre sans autre forme de procès. C’est grâce à leur travail que nous emplissons notre bourse.  Non sans essuyer plus d’une malédiction. » 

Nous sommes engagés dans une mutation radicale du travail.  Ceci se manifeste en accéléré depuis quelques décades par les fermetures d’entreprises, par la multiplication des travailleurs autonomes, par la précarité de l’emploi, par la polymorphie des stages et/ou mesures d’employabilité.  A l’image de la précédente révolution, le phénomène est présenté par le capital comme un progrès incontournable destiné à faire le bonheur des humains.  Mais, ce qui aura manqué à la précédente révolution pourrait jouer en faveur du présent siècle. Je rappelle les acquis de la Charte des droits, de même ceux du syndicalisme et du contrat social. Toujours dans l’optique d’un contrat social devant normalement tenir compte d’obligations qui sont relatées dans certaines revues de droits et qui font référence aux solidarités s’organisant au sein d’une même communauté et à laquelle les membres s’identifient afin d’orienter le contenu du contrat social. [vii] 

En lisant Marx et Mantoux, on constate que la révolution industrielle confrontait quotidiennement à la mort sur les lieux du travail. Tant par l’absence de droits que par la mort au quotidien, on peut reconnaître l’absence de compassion face à ces modèles de violence outrancière. Je donnerai pour exemple la mort de Mary-Anne Walkley et l’étonnement de sa supérieure – Dame Élise – découvrant l’ouvrage non achevé (il ne restait qu’un point à donner à sa broderie), alors que l’ouvrage était destiné à la Princesse de Galles. La mort avait eu raison sur la production ou l’inverse…[viii]

A notre époque, violences et absence de compassion se font plus dérangeantes. Il faut reconnaître que la violence continue de s’afficher au travail. Elle inquiète quand un pays comme la France confesse l’alourdissement des cas pathologiques ramenant à la mal-vie (dépressions et troubles physiques) et des morts quotidiennes au travail. [ix]

Rappelons que le discours du capital sur la production n’a rien du profil de la violence, ni même du profil tayloriste, bien que ce discours soit orienté vers l’accélération de la cadence de production par un vocabulaire plus hypocrite. Car, tant la responsabilisation que l’annualisation des échéanciers sont en dehors du pouvoir de la base. Parallèlement, en plus des échéanciers, la production est affichée dans un profil ISO invitant à mettre la barre qualité toujours plus haute…tout en répondant à la cadence de production dans ses échéanciers. Il me semble que ce qui apparaît susceptible de servir la production peut aussi servir la violence et l’aliénation au travail.

La force du Capital disait Hubert Marcuse est dans l’uniformisation économico-technique non terroriste, tout en fonctionnant par la manipulation. Admettons toutefois que la vision statistique du Capital et celle du Syndicalisme ne sauraient puiser aux mêmes sources…Cela dit en tenant compte que les valeurs du travail et de la production méritent d’être repensées dans une vision élargie.

Cela dit en tenant compte de la nécessité de l’évolution du contrat social sans oublier les paroles d’Engels, à savoir : « le capital ne se soucie nullement de la santé ni de la vie de l’ouvrier à moins d’y être forcé par la société ». [x]


[i] La révolution industrielle au XVIIIe siècle de Paul Mantoux – Éditions Guérin, p. 21.
[ii] L’objectif :  un syndicalisme sans frontières (Recto Verso – janvier/février 2002, p. 24)
[iii]  L’Italie poursuit son  inquiétante dérive – Journal Métro, 8 mai 2002, p. 10
[iv]  Confédération internationale des syndicats libres (CISL), 26 mars 2002
[v]  La grande transformation, aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, Paris, 1983, pp. 111-112
[vi]  Il s’agit d’un long fragment d’une pièce folklorique publiée dans : La révolution industrielle au XVIIIe siècle de Paul Mantoux – Éditions Genin, pp. 58-59).
[vii]  Pouvoir normatif et protection sociale (pp. 137-169) auteure : Johanne Poirier Revue canadienne Droit et Société (Volume 16, no 2, 2001).
[viii]  Le Capital – Marx – Éditions Garnier-Flammarion (1969) (page 194)
[ix]  Retour de la mal-vie (Le Monde diplomatique – décembre 2001 – Enquête de Martine Bulard)
[x]  Sur le Capital de Marx (page 116) Éditions du Progrès – Moscou – 1975.

vendredi 15 mars 2002

Lettre ouverte adressée à Monsieur Michel Sawyer

Monsieur Michel Sawyer
Président national du Syndicat de la Fonction Publique du Québec (S.F.P.Q.)


Monsieur le Président,

Il y a quelques jours, la nouvelle de votre élection au poste de président national m’est apparue signe précurseur d’un virage! Toutefois, seule l’Histoire pourra mesurer s’il y a eu virage ou seulement changement de cap fortuit.

dimanche 14 octobre 2001

Le Travail équitable…voudra l’équité!

Tout le monde sait que l’État s’est laissé séduire par le néolibéralisme. Voilà pourquoi les sociétés vivent des transformations majeures quant au monde du travail. Voilà pourquoi le syndicalisme planétaire cherche à créer des plates-formes qui permettront aux travailleurs-travailleuses d’être entendus. Ainsi apprenait-on tout récemment que le Bureau international du Travail (BIT) et son Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) avait organisé un symposium du 24 au 28 septembre à Genève. De telles activités favorisent l’étude de moyens pouvant renforcer la participation des travailleurs-travailleuses au système des Nations Unies. De même, l’influence du mouvement ouvrier sur les institutions, tels la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).[1] Dans la foulée de transformations pouvant favoriser l’équilibre, il s’agit d’une voie prometteuse. De fait, il faudra que l’évolution du syndicalisme international conduise vers des renforcements de l’interaction syndicale. Cela dit sans oublier l’éducation permanente d’une base qui ne pourra que se transformer à l’égal de la société pluraliste québécoise, mais aussi à l’égal des mutations que voudront les associations de salariés de l’avenir.[2]

A tous les échelons de la société, l’individu se doit de reconnaître sa double appartenance, à savoir reconnaissance du statut de citoyen, reconnaissance du statut de travailleur-travailleuse. Le syndicalisme en est le prolongement. Double appartenance qui ne va pas nécessairement à l’encontre des marchés et de l’État, mais qui vise initialement l’avancement de valeurs humanistes et dont le travail fait partie. Évidemment, l’État et le syndicalisme vivent des affrontements. Nul doute qu’affrontements et débats participent à l’évolution d’une démocratie. Par ailleurs, la conscience citoyenne s’enrichit à partir de choix individuels et collectifs.

Le drame du 11 septembre 2001 aura démontré nos liens quant aux enjeux politiques, là où interféraient souffrances, joies et récupération par le politique. On pourrait amener différents exemples, mais je ne mentionnerai que ce qui touche à la déstabilisation du travail. Ainsi, quelques jours après le conflit, des milliers de travailleurs furent mis à pied. Nous savons que la catastrophe aura permis d’accélérer des intentions toutes politiques liées à l’aéronautique. Ce qui semble coïncidence ne l’est pas. Les faits démontrent qu’une crise peut servir à la récupération sur plusieurs versants.

Revenons maintenant au quotidien du travail en dehors des marchés de l’aéronautique. La fragilité du travail fait partie de nos vies. La crise du monde du travail est amorcée depuis longtemps. Nous devons savoir et voir que la manipulation du stress sert le pouvoir politique. Le patronat est dans l’orbe des puissances politiques. Indéniablement, précarité et instabilité du marché du travail donne peu de marge de manœuvre aux syndicats mais beaucoup de pouvoir au patronat.

Ce que nous vivons à travers les transformations et reconfigurations des postes de travail, un peu partout à travers les sociétés industrielles et simultanément au sein de la fonction publique québécoise, est de l’ordre de bouleversements qui ont des incidences sur le virtuel et le futur de nos vies. On ne saurait voir les mutations du travail comme le drame de la précarité à transformer par un coup de baguette sur la politique économique de l’exportation.

La précarité nous est devenue plus perceptible depuis l’attaque terroriste du 11 septembre dernier, car nous avons subi un électrochoc politique. Depuis, tous les neurones de la conscience sont alertés. La conscience a franchi des ponts dont nous ne mesurons pas encore le décloisonnement. Ce qui pourrait nous obliger à repenser nos liens virtuels avec l’État démocratique et le développement d’infrastructures touchant les politiques de l’économie. Cela dit, en tenant compte que nous sommes arrivés au sein du village global pour y rester tout comme il demeure impensable de repenser le travail en faisant fi des technologies.

Par contre, nous savons que crise et mutations ne peuvent faire oublier la nécessité d’échanger. Voilà pourquoi le syndicalisme, et ce à partir de la FTQ, a raison d’exiger une mise au point à l’intérieur d’un Sommet qui réunirait les dirigeants politiques des différentes provinces. [3] Il faut que le lien entre l’État et le syndicalisme permette d’ouvrir à des perspectives où la société se donne des buts et jalons.

Entre temps, la fonction publique continue de vivre les mutations et reconfiguration de postes. Il pourrait en découler des valeurs justes et signes des temps, tout comme de l’injustice et inadéquation avec la réalité. Je parle de quantité de postes, mais tout particulièrement des postes du secrétariat. Déjà, de par son histoire, le secrétariat aura été méconnu quant aux responsabilités assumées. Ce qui peut devenir valeurs par les mutations de postes est lié au décloisonnement entre professionnels et secrétariat, mais plus encore à la responsabilisation du poste. Bref, la secrétaire dépendra moins d’un professionnel que de buts dont elle aura à répondre à travers un échéancier. Ce qui viendra interférer dans l’évaluation annuelle du grand gestionnaire.

Toujours dans la perspective des mutations, ce qui perdure en injustice est lié au refus de reconnaître les valeurs de tâches qui, de la table de travail d’un professionnel, ont abouti sur la table de travail du secrétariat. Ce qui confronte à l’alourdissement et au traquenard sans bénéfice moral ou salarial. Bref, le secrétariat continue de vivre l’inéquité morale et salariale.

A mon sens, la mutation et la reconfiguration des postes de travail au sein de la fonction publique favoriseront la productivité seulement si l’équité vient en compte. Il faudrait tout d’abord se doter d’une plate-forme susceptible d’éradiquer le jugement réducteur de petits fonctionnaires aux préjugés tenaces quant aux personnes et postes.


[1] L’Itinérant électronique, 27 septembre 2001.
[2] BRUNELLE, Christian, « Les défis du syndicalisme à l’heure des chartes », Le Devoir, 4 septembre 2001.
[3] Le Devoir, 12 octobre 2001.


Publié dans Visions Voisins, vol. 8, no 8, 30 octobre 2001

dimanche 1 mars 1998

Et si le droit au travail pour tous passait par... la mort de l'emploi?

Article paru dans l'Action nationale

Pouvons-nous soutenir que l'écart entre travail et emploi s'exacerbera dans les prochaines décennies? L'écart pouvant même se transformer en rivalités de droits entre citoyens/citoyennes. Droits, dont certains, pourraient se rattacher à l'inclusion ou l'exclusion. Au premier regard, l'écart demeure inapparent, mais les déchirures vont continuer de se faire par l'emploi et le mondialisme. L'écart mettra en compte jusqu'au clivage entre membres d'une même société par des valeurs en train de s'instaurer. Le profil est flou et chevauche sur deux polarités. D'un côté, le profil d'une civilisation humaniste capable d'intégrer la culture du travail. Ce qui exigerait la cohésion d'un plan visionnaire faisant avancer l'avenir du travail. De l'autre, celui d'une société hiérarchisée dans les privilèges de l'emploi, sans égard au tissu social. Une culture qui s'instaure dans le marchéage. Dans cette société, l'État cède le pouvoir au néolibéralisme. Le monde est sans frontière et dans la perspective de privilèges d'un modèle féodal rajeuni.

mercredi 1 mai 1996

Nouvelle culture du travail et convivialité

Pouvons-nous penser qu'il y aura chevauchement, sinon dichotomie de valeurs entre l'emploi et le travail des sociétés du prochain millénaire? Pouvons-nous imaginer que le travail et l'emploi ne pourront que devenir distincts? Pouvons-nous d'ores et déjà prédire que le travail, plus que l'emploi, favorisera l'évolution d'une civilisation humaniste? Ce sont là des questions fondamentales auxquelles nous devons nous attarder.

Le texte de Madame Claudette Carbonneau, vice-présidente de la CSN, publié dans les pages du Devoir sous le titre: «L'emploi, source première de solidarité sociale»[1] s'avérait dans la vision restreinte de l'emploi. Le titre en soi provoquait au grand dilemme de cette fin de millénaire: l'émancipation de la classe ouvrière passera-t-elle par le travail ou par la disparition de l'emploi?

Nous sommes arrivés au carrefour où le travail et l'emploi vont provoquer, sinon faire éclater les ambiguïtés reliées aux valeurs. Nos choix portent les conséquences d'un renouvellement où s'inscrit le portrait des déchirures. Tant pour la personne que pour la société. Des choix qui seront de l'ordre des stratégies dans le rapport entre travailleurs/travailleuses et syndicats, entre forces syndicales et patronales, entre les structures d'entreprises face aux mutants de la nouvelle civilisation. Car là se joue un nouveau langage. Langage éthique et de responsabilité. Là où l'individu prend conscience de son lien à la responsabilité personnelle et collective. De ces nouveaux rapports surgiront les pontonniers. Par-delà l'ombre des pontonniers, une nouvelle civilisation du travail, encore informe, porte ses mutants dans l'isolement. Ils sortiront de l'ombre à partir du support des structures.

Les nouvelles conventions sont encore à écrire mais la démocratie pourra obliger à des luttes pour que le dessein prenne corps. Sinon, on continuera d'avancer dans le doute et l'obscurité. Même en perte de ses mémoires du passé. Jusqu'à faire douter de la Science, de l'Art, des Guerres d'un passé humain. L'Argent prenant toute la place, la pensée sera tétanisée et l'héritage forclos.