mardi 27 novembre 2001

Que savez-vous du matériel radioactif?

Depuis le 11 septembre, nous apprenons sur différents volets de nos vulnérabilités civiles et géographiques. Ainsi, nous apprenons que les centrales américaines du Midwest créent 60% du smog frappant le Québec, quand 55% pour l’Ontario. Les pluies acides sont l’héritage en découlant. Tout ceci semble de l’ordre d’une vérité connue, puisque faisant partie de documents officiels, statistiques à l’appui.[1]

Là où l’héritage se corse…c’est dans la vision d’un acte terroriste sur les centrales nucléaires du Midwest américain, car le corridor des vents passe tant sur le Québec que l’Ontario. Ainsi, selon toute vraisemblance, s’il y avait intervention terroriste sur les centrales du Midwest américain, l’air serait contaminé par des radionucléides, eu égard au fait que les émanations prendraient le corridor naturel du smog.

Dans un autre ordre d’idée, mais toujours liée à la problématique de la radioactivité, s’ajoute la perspective d’actes terroristes pouvant inciter à des vols de matériel nucléaire, et avec perspectives terroristes éloignées dans le temps. Le matériel radioactif servirait à des fins comme la fabrication d’armes.

Compte tenu d’intentions terroristes pouvant impliquer l’acte ponctuel terroriste, voire la fabrication d’armes clandestines, les centrales nucléaires, et quantité de lieux cibles, deviendront plus menacés et menaçants. Car, si en plus des catastrophes de Tchernobyl et Toulouse devait s’ajouter ces modèles de terrorisme, il faudra repenser nos codes de protection… et tout autant les mutations hasardeuses qui en découleraient.

L’alerte n’est pas vaine par rapport aux menaces de terrorisme radioactif! D’une part, parce que, trop souvent, l’humain est complexe et imprévisible; d’autre part, parce que le matériel radioactif ayant plusieurs vies, ce pouvoir terroriste en devient décuplé.

Certes, les zones de sécurité du matériel radioactif sont à répertorier. Ce qui pourrait toucher des espaces encore très accessibles, compte tenu que plusieurs hôpitaux de la planète utilisent la radioactivité, notamment pour certains cancers.

Voilà pourquoi répertorier les lieux de radioactivité, tout en ouvrant sur un protocole commun quant aux déchets radioactifs devient priorité.

Publication dans Visions Voisins, vol. 8, no 9, 27 novembre 2001.



[1] «Nucléaire : Comment juguler les trois menaces terroristes», Le Devoir, 2 novembre 2001.

mercredi 14 novembre 2001

L’Information servira-t-elle la société civile

La société civile et la liberté
La révolution technologique a augmenté le pouvoir des sociétés civiles par l’accès à l’information. Cela dit en tenant compte du principe faisant de tout individu informé un «être libre». Bien sûr, trop d’informations confronte à des risques…notamment au partage du pouvoir sinon à l’absence de contrôle, voire même au risque de lassitude par «overdose». Arrivé à ce stade ou l’excès devient un empêchement, les choix sont peu probants. Toutefois, il devient possible d’affirmer que la société civile d’une démocratie a des moyens qui sont politiques et que l’information dont elle dispose fut longtemps considérée documents privilégiés d’une caste politique réduite.

En somme, nos sociétés civiles sont de plus en plus rejointes, politisées et susceptibles de concertation. Ce qui laisse de l’espoir pour l’évolution de la démocratie. Car, les sociétés civiles seront incitées à se reconnaître dans le double statut du citoyen planétaire, tant par l’information véhiculée par les médias que par le rapport aux enjeux et solidarités qui se manifesteront à partir des syndicats et organismes internationaux. Déjà, on sollicite la société civile autour d’enjeux touchant les mutations du travail, enjeux économiques de concurrences inter territoriales, enjeux des mouvements de main-d’œuvre, enjeux de la régulation de l’économie et de la circulation des capitaux, etc. Des publications sont à la disposition du grand public à partir de l’agenda d’organismes comme ATTAC, etc.[1]

Voici la définition que nous donne une source de premier plan quant au terme énoncé: «La société civile est l’ensemble des rapports inter-individuels, des structures familiales, sociales, économiques, culturelles, religieuses, qui se déploient dans une société donnée, en dehors du cadre et de l'intervention de l'État.»[2]

Si la révolution technologique a fait éclater l’information de toute part, sans pour autant favoriser l’émergence de grands leaders, il reste que le profit de l’éclatement des réseaux d’information va servir planétairement la société civile. De fait, l’éclatement a provoqué l’ouverture d’une conscience politique de plus en plus affirmée chez les civils.

Lors d’une conférence toute récente, l’écrivain français Alain Touraine s’est servi du drame américain pour faire l’illustration de l’aliénation gagnant les sociétés civiles face aux dévastations du discours capitaliste de la dernière décennie. Par son exposé, il démontrait la volonté primordiale du capitalisme, lequel cherche la rupture de tout lien entre «l’économie, le politique, le social, les idéologies».

dimanche 14 octobre 2001

Le Travail équitable…voudra l’équité!

Tout le monde sait que l’État s’est laissé séduire par le néolibéralisme. Voilà pourquoi les sociétés vivent des transformations majeures quant au monde du travail. Voilà pourquoi le syndicalisme planétaire cherche à créer des plates-formes qui permettront aux travailleurs-travailleuses d’être entendus. Ainsi apprenait-on tout récemment que le Bureau international du Travail (BIT) et son Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) avait organisé un symposium du 24 au 28 septembre à Genève. De telles activités favorisent l’étude de moyens pouvant renforcer la participation des travailleurs-travailleuses au système des Nations Unies. De même, l’influence du mouvement ouvrier sur les institutions, tels la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).[1] Dans la foulée de transformations pouvant favoriser l’équilibre, il s’agit d’une voie prometteuse. De fait, il faudra que l’évolution du syndicalisme international conduise vers des renforcements de l’interaction syndicale. Cela dit sans oublier l’éducation permanente d’une base qui ne pourra que se transformer à l’égal de la société pluraliste québécoise, mais aussi à l’égal des mutations que voudront les associations de salariés de l’avenir.[2]

A tous les échelons de la société, l’individu se doit de reconnaître sa double appartenance, à savoir reconnaissance du statut de citoyen, reconnaissance du statut de travailleur-travailleuse. Le syndicalisme en est le prolongement. Double appartenance qui ne va pas nécessairement à l’encontre des marchés et de l’État, mais qui vise initialement l’avancement de valeurs humanistes et dont le travail fait partie. Évidemment, l’État et le syndicalisme vivent des affrontements. Nul doute qu’affrontements et débats participent à l’évolution d’une démocratie. Par ailleurs, la conscience citoyenne s’enrichit à partir de choix individuels et collectifs.

Le drame du 11 septembre 2001 aura démontré nos liens quant aux enjeux politiques, là où interféraient souffrances, joies et récupération par le politique. On pourrait amener différents exemples, mais je ne mentionnerai que ce qui touche à la déstabilisation du travail. Ainsi, quelques jours après le conflit, des milliers de travailleurs furent mis à pied. Nous savons que la catastrophe aura permis d’accélérer des intentions toutes politiques liées à l’aéronautique. Ce qui semble coïncidence ne l’est pas. Les faits démontrent qu’une crise peut servir à la récupération sur plusieurs versants.

Revenons maintenant au quotidien du travail en dehors des marchés de l’aéronautique. La fragilité du travail fait partie de nos vies. La crise du monde du travail est amorcée depuis longtemps. Nous devons savoir et voir que la manipulation du stress sert le pouvoir politique. Le patronat est dans l’orbe des puissances politiques. Indéniablement, précarité et instabilité du marché du travail donne peu de marge de manœuvre aux syndicats mais beaucoup de pouvoir au patronat.

Ce que nous vivons à travers les transformations et reconfigurations des postes de travail, un peu partout à travers les sociétés industrielles et simultanément au sein de la fonction publique québécoise, est de l’ordre de bouleversements qui ont des incidences sur le virtuel et le futur de nos vies. On ne saurait voir les mutations du travail comme le drame de la précarité à transformer par un coup de baguette sur la politique économique de l’exportation.

La précarité nous est devenue plus perceptible depuis l’attaque terroriste du 11 septembre dernier, car nous avons subi un électrochoc politique. Depuis, tous les neurones de la conscience sont alertés. La conscience a franchi des ponts dont nous ne mesurons pas encore le décloisonnement. Ce qui pourrait nous obliger à repenser nos liens virtuels avec l’État démocratique et le développement d’infrastructures touchant les politiques de l’économie. Cela dit, en tenant compte que nous sommes arrivés au sein du village global pour y rester tout comme il demeure impensable de repenser le travail en faisant fi des technologies.

Par contre, nous savons que crise et mutations ne peuvent faire oublier la nécessité d’échanger. Voilà pourquoi le syndicalisme, et ce à partir de la FTQ, a raison d’exiger une mise au point à l’intérieur d’un Sommet qui réunirait les dirigeants politiques des différentes provinces. [3] Il faut que le lien entre l’État et le syndicalisme permette d’ouvrir à des perspectives où la société se donne des buts et jalons.

Entre temps, la fonction publique continue de vivre les mutations et reconfiguration de postes. Il pourrait en découler des valeurs justes et signes des temps, tout comme de l’injustice et inadéquation avec la réalité. Je parle de quantité de postes, mais tout particulièrement des postes du secrétariat. Déjà, de par son histoire, le secrétariat aura été méconnu quant aux responsabilités assumées. Ce qui peut devenir valeurs par les mutations de postes est lié au décloisonnement entre professionnels et secrétariat, mais plus encore à la responsabilisation du poste. Bref, la secrétaire dépendra moins d’un professionnel que de buts dont elle aura à répondre à travers un échéancier. Ce qui viendra interférer dans l’évaluation annuelle du grand gestionnaire.

Toujours dans la perspective des mutations, ce qui perdure en injustice est lié au refus de reconnaître les valeurs de tâches qui, de la table de travail d’un professionnel, ont abouti sur la table de travail du secrétariat. Ce qui confronte à l’alourdissement et au traquenard sans bénéfice moral ou salarial. Bref, le secrétariat continue de vivre l’inéquité morale et salariale.

A mon sens, la mutation et la reconfiguration des postes de travail au sein de la fonction publique favoriseront la productivité seulement si l’équité vient en compte. Il faudrait tout d’abord se doter d’une plate-forme susceptible d’éradiquer le jugement réducteur de petits fonctionnaires aux préjugés tenaces quant aux personnes et postes.


[1] L’Itinérant électronique, 27 septembre 2001.
[2] BRUNELLE, Christian, « Les défis du syndicalisme à l’heure des chartes », Le Devoir, 4 septembre 2001.
[3] Le Devoir, 12 octobre 2001.


Publié dans Visions Voisins, vol. 8, no 8, 30 octobre 2001

samedi 26 mai 2001

Lettre ouverte à Paule des Rivières, Journal Le Devoir


Objet: Le harceleur pervers choisira ses victimes pour ce qu’elles ont en plus et non parce qu’elles lui apparaissent faibles[1]

Il faut lire ce livre de la psychanalyste Marie-France Hirigoyen pour comprendre que le harcèlement pervers dont ont été victime Roger Thibault et Théo Wouters de Pointe-Claire[2] n’est pas le fait d’un voisin reconnaissant les voisins immédiats comme des victimes faciles à vaincre dans leurs faiblesses, mais des victimes étant là, à proximité, et qui sont choisies pour ce qu’elles ont en plus et que l’agresseur cherche à s’approprier.[3]

jeudi 12 avril 2001

Projet de loi omnibus & harcèlement criminel

Lettre ouverte envoyée à :
Madame Anne Mc Lellan, Ministre de la Justice au Gouvernement du Canada


Madame la Ministre,

J’ai pris connaissance du projet de loi omnibus en rapport avec le harcèlement criminel lié à l’invasion domiciliaire. Il y a lieu de faire de ce projet de loi plus que ce qu’énonçait un éditorialiste, à savoir la fin de la récréation pour le crime organisé, mais également l’implantation d’un cadre législatif susceptible d’englober de nouveaux profils de criminalité chez des civils.

Comme citoyenne, je m’intéresse à la clandestinité d’actes criminels englobant la violence envers les femmes, lesquels contreviennent à la Charte des droits (article 7) tout étant de l’ordre de l’invasion domiciliaire. La plume m’a accompagnée par la force des choses et de nombreuses publications, tant littéraires que journalistiques, ont témoigné de cette violence criminelle en logements.

L’intérêt s’est élargi pour devenir défi politique. D’une part, parce que lié aux droits de la personne et aux violences psycho physiques envers des femmes; d’autre part, par besoin de provoquer un débat sur l’émergence d’une violence qui, comme le viol, devra être reconnue criminelle. Finalement, parce que la paix civile a beaucoup à voir avec l’inviolabilité du territoire domiciliaire.

Bref, ce qui semble exclusif aux territoires des logements devient violence envers la personne et violation du territoire. Par absence de législation susceptible d’englober ces profils ésotériques, l’acte criminel touche au ferment de la société démocratique, à savoir au cadre éthique entre civils.

Je n’ai pas à revenir sur un ensemble de faits et liens déjà publiés par le journal Visions Voisins entre 1999 et 2001 (pièces jointes). Néanmoins, je résumerai en disant que le développement des technologies d’avant-garde, toujours par absence d’une législation adéquate, aura permis toutes sortes d’irrégularités et jusqu’à ces profils de violences englobant autant caméras que l’agression physique à travers cloisons et plafonds.

La population ignore jusqu’à l’existence de ces violences clandestines, dont certains profils sont de l’ordre d’un voltage dirigé sur la victime. Toutefois, les milieux légaux et policiers seraient largement informés. A preuve, lors d’un concert de Céline Dion, les policiers ont arrêté un individu détenant un fusil à voltage («L’homme armé au concert de Céline Dion a été libéré», Le Devoir, 6 janvier 2000). A preuve, la panoplie d’informations venant des médias quant à l’arsenal policier du prochain Sommet des Amériques (ZLEA) lequel arsenal englobe des fusils à voltage. Autre preuve, celle-ci reliée à la vie civile : une femme quasi-renversée sur la chaussée par une agression aux chevilles. Cette réalité est survenue il y a quelques mois à Montréal et des policiers viennent à sa rescousse. Ils émettent l’opinion d’une possible émission de voltage à partir d’une batterie de voiture.

Tout en étant laissée dans l’ignorance, la population vit proches de la science-fiction, mais seule la victime pourra s’approprier le réel de la violence croisée en chemin. Pourquoi? Par le fait que la cible dirigée aura confrontée la victime à la souffrance, et que, dans certains cas, l’outil est capable de rester dans le rayon du corps ciblé sans attaquer les corps avoisinants. Ainsi, la femme violentée voulant ouvrir le dialogue sur une réalité connue et appropriée se verra-t-elle confrontée à des individus étrangers à sa réalité. Non seulement le dialogue devient-il impossible par absence de code commun, mais il pourrait y avoir doute quant à la santé mentale de la violentée.

Nul ne pourrait nier que la science a envahi notre quotidien. C’est pourquoi tenter de faire avancer l’éthique des sociétés du présent millénaire en occultant les technologies serait s’abandonner aux guerres intestines et à la décadence.

Les femmes doivent travailler de concert à la non-violence. Ce qui impose de faire la lumière là où sont brimés les droits de la personne. Dans le cas des technologies d’agressions, il y a lieu d’y voir un acte criminel à faire apparaître à travers la plate-forme féministe.

Voilà pourquoi ce projet de loi omnibus devra englober des profils d’agressions mettant en compte une législation quant à l’utilisation de certaines technologies, tout en donnant aux diverses instances les moyens de piéger l’agresseur et l’outil.

Envoyé en copie conforme à :
Monsieur Paul Bégin, Ministre de la Justice du Québec
Monsieur Serge Ménard, Ministre de la Sécurité publique
Madame Françoise David, Présidente de la Fédération des Femmes Québécoises
Madame France Desjardins, Présidente de la Régie du logement
Monsieur Gilles Duceppe, Député du Bloc Québécois (Laurier Ste-Marie)

Lettre ouverte publiée dans Visions Voisins, vol. 8, no 3, avril 2001.

mercredi 27 septembre 2000

Lettre ouverte à la Gouverneure générale du Canada

Adressée à la Très Honorable Adrienne Clarkson, Gouverneure générale du Canada.


Madame la Gouverneure générale,

J’ai pris connaissance de vos défis par l’entrevue publiée dans les pages du quotidien Le Devoir.[1] La noblesse qui s’y rattache vous honore d’autant plus que ces défis serviront tant la cause des femmes que les victimes de violences.

mercredi 15 mars 2000

Lettre à Bernard Descôteaux - Journal Le Devoir

Montréal, le 15 mars   2000   (Refus de publication par Le Devoir)


Monsieur Bernard Descôteaux
Directeur

JOURNAL LE DEVOIR



OBJET :                    Votre réponse à mes lettres

Monsieur,
Je donne suite à votre lettre du 13 mars, laquelle n’arrive pas à m’éclairer!   J’en suis à me demander si, eu égard au point de chute du  regard  à partir de votre fauteuil de directeur,  il  vous est possible de cerner l’ombre et ses voies de garage?   Cela dit, en tenant compte de la nécessité de déléguer les responsabilités!

mercredi 23 février 2000

Lettre ouverte à Jean Rochon - Ministre responsable Science et Technologie

Montréal, le 23 février  2000

Lettre au Journal Le Devoir (non publiée)


Monsieur Jean ROCHON
Ministre responsable de la Recherche, de la Science et de la Technologie
Gouvernement du Québec

Objet : Les menaces de la technologie sur la société civile sont aussi menaces sur le havre domiciliaire

dimanche 20 février 2000

Lettre à Pierre Bourque - Maire de Montréal

Lettre publiée dans le Journal Visions Voisins – Vol. 7, no 1 – 20 février 2000.


Monsieur Pierre Bourque
Maire de Montréal


Objets :  L’environnement et les ruelles vertes

Lors d’un événement préparé par Ecoquartier,  j’ai té amenée, en votre présence, à signaler les aléas du militantisme pour les ruelles vertes, et ce, à travers le porte à porte, les conquêtes et oppositions farouches d’un défi.  Personnellement, j’aurai éprouvé des satisfactions à convaincre tout en gardant l’équilibre d’une vision non déformée par la poésie du vert.

Au fil des jours et des mots militants, j’optai pour un portrait réaliste. La responsabilité des mots et le désir de support à travers la transparence m’y obligeaient. Vous le savez déjà, le projet des ruelles vertes est fait d’une forme d’engagement à tous les échelons.

Le fossé entre la ruelle de tradition et la ruelle verte est indéniable. Comment mieux en traduire l’image sinon par l’évocation du choc culturel!  Art de vivre et partage d’un espace, faits et gestes autour d’un sentier méprisé, décloisonnement et sentiment d’appartenance où se profile l’engagement.  Voilà ma représentation de la ruelle verte!  Dans la transformation amenée par le verdissement des ruelles, et quel que soit le secteur visé, on y retrouve Ecoquartier.  Cet organisme pourrait avoir été fondé par le Frère Marie-Victorin tant son idéal veut les croisements de la nature.

Un legs pourrait venir des ruelles vertes dans la cité.  Toutefois, et vous en conviendrez facilement, nul ne pourra léguer ce qui fait défaut. Dans mon rapport avec Ecoquartier, il m’est apparu évident que le grand plan d’actions est vaste et noble mais que les moyens y sont insuffisants.  Ce qui me fait craindre la menace à long terme. Car si le défi des ruelles vertes est exigeant dans le temps, il est aussi de temps!  On ne saurait oublier que le court terme des chantiers avale tout du temps du maître (Ecoquartier) et de ses disciples (le personnel)!  Ce qui oblige le maître à mettre à l’œuvre des disciples peu préparés à éduquer sur le chantier.

Souvenez-vous de notre brève conversation lors de l’événement d’octobre dernier!  Je vous ai fait part de carences tout autant par rapport à l’éducation que par rapport aux outils dont dispose Ecoquartier.  Dans l’ensemble, ce sont des carences perçues par une militante confrontée à l’œuvre d’une ruelle en devenir.  Néanmoins, j’étais à même de voir les menaces d’aliénation d’une grande courroie de transmission (Ecoquartier) sur les vases communicants (personnel-population-engagement).  Bref, courroie surchargée par les exigences multiformes et ponctuelles.


Sans une révision des plans d’actions à travers l’éducation, la Ville de Montréal et Ecoquartier travailleront sur des sables mouvants. Le repli trop facile faisant de tout projet des ruelles vertes un chantier parcellaire et artificiel. Il s’agit d’un vaste projet où la Ville de Montréal devient responsable au premier degré.

L’administration de la Ville de Montréal doit penser par delà les budgets de ruelles ciblées. L’administration doit revendiquer les ruelles vertes comme un héritage où l’éducation revendique sa juste place.  Indéniablement, il s’agit d’un placement d’argent durable où se profile la cité plus humaine, les solidarités de quartier et une vision écologique auquelle la population sera entraînée de façon sensible.

Par ma lettre, Monsieur le Maire, j’ai voulu témoigner d’un souci quant à l’évolution des ruelles vertes.  Ainsi, à titre de premier citoyen de Montréal, et de même pour avoir présidé aux transformations du Jardin botanique de notre ville, vous reconnaîtrez l’importance de l’éducation à travers le legs intervenant par les ruelles vertes.

Puisse ma lettre vous y rappeler tout en favorisant le devenir de Montréal à travers l’écologie!



Jeanne Gagnon
Écrivaine






jeudi 16 décembre 1999

" Présentation du Numéro 83 - Revue Moebius - Violences "

PRÉSENTATION du numéro 83 – Revue Moebius – Violences  (pp. 5-7)

Pourquoi faire un numéro thématique sur la violence, sinon parce que ce mot est à la mode, voire lié à la  décadence d’une fin de millénaire!  La réponse est trop simpliste.  Surtout qu’elle ne tient pas compte de l’Histoire des violences.  Ce qui nous renvoie au big bang, aux cataclysmes naturels, aux guerres qui ont détruit et reconstruit les civilisations.

Plus près de nous, quelques cataclysmes récents et cette guerre du Kosovo témoignant de la violence.  Bref, ni l’évolution de la science ni l’évolution des civilisations n’arrivent à cerner toutes les issues de la violence.

Tout récemment, Salomé de Richard Strauss me rappela les violences de certains personnages bibliques. On se souviendra qu’après avoir dansé pour son beau-père, Salomé exigea la tête du prophète.  Joie orgiaque en même temps que pure vengeance, Salomé joua avec le pouvoir de l’envoûtement. Jusqu’au moment où, pour avoir cédé, Hérode ordonnera sa mort.

Pensons encore aux violences qui, au quotidien, rejoignent citoyennes et citoyens du village global.  Aux États-Unis, les lycéens massacrent d’autres étudiants.  Dans les pays en état de guerre, les menaces pesant tant sur les civils que sur le front d’un conflit.  La violence qui s’impose lourdement par la pauvreté et l’exclusion.  On sait que des statistiques récentes signalent qu’un habitant de la planète sur six vit dans la pauvreté absolue et que 800 millions d’enfants souffrent de la faim.

A toutes ces images de violence, ajoutons celle touchant la famille; celle envers les enfants;  celle au sein de l’école; celle du couple s’agrippant jusque dans la violence du meurtre; celle de femmes violées; celle de femmes aux prises avec l’agression psycho-physique en logement alors que les technologies favorisent le viol du territoire et les filières d’agression dans l’impunité.

On ne pourrait énumérer toutes les forces de violence.  Je m’en voudrais de ne pas mentionner celle faite aux prisonniers politiques, celle obligeant des écrivains à vivre cachés pour éviter la mort violente.  On aura deviné le lien avec Salman Rushdie et Talisma Nasrin.  Tant d’autres écrivains sont traqués par la dictature politique.

Toutes les violences ont cette particularité, à savoir contrevenir à la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Et cela, malgré l’évolution des sociétés et l’enchâssement des droits de l’homme dans un ensemble de constitutions.  Les droits humains doivent être perçus comme un pont éthique favorisant l’évolution de l’humanisme.  En dépit des technologies qui permettront de faire la guerre sans se salir les mains.

A l’échelle de la planète, l’épreuve de la plate-forme éthique se vit sous nos yeux avec Bernard Koushner, porte-parole de l’ONU au cœur du Kosovo.  Son défi apparaît surhumain!  Dans les faits, il force le destin en invitant Serbes et Kosovars à faire alliance à travers le pont éthique.  C’est-à-dire refaire l’ordre du Kosovo par-delà les haines et les blessures.

L’espérance et la foi lui servent de viatique.  Malgré les crimes et la poursuite infernale d'une violence ayant changé de camp.  Disons que toute espérance invite le mythe et que de l’acte conséquent peut surgir la part mythique.

Malgré l’imperfection du gène humain, malgré les violences qui ont eu cours entre Serbes et Albanais, la foi de Koushner est un quasi porte-étendard d’une foi de l’après-violence, à savoir : refaire l’ordre à partir du chaos.  Tout en nous rappelant également la vanité de la violence, la vanité du politique, les morts inutiles pour perpétuer la légende de destruction / reconstruction. Ce pays ne pouvait-il se remodeler dans l’encadrement d’un pont démocratique exempt de manipulations? Car si Salomé a pu envoûter Hérode par la danse des sept voiles, le politicien peut envoûter à partir d’une  parole servant des ambitions toutes personnelles.

Le Kosovo est quelque part entre mon téléviseur et mon journal, entre l’humanité et mon réel. Quelque part entre ma société et le monde. Cette proximité du Kosovo me rend plus proche des vulnérabilités du Québec.  Tout en me faisant convenir du sens qu’il nous appartiendra de redéfinir hors du fédéralisme.  Sans oublier le passé! Tout en reconnaissant que le passé se doit de tenir compte du multiculturalisme, mais dans un nouveau cadre et dans l’éducation harmonieuse ou susceptible de favoriser l’évolution d’une citoyenneté française en Amérique! Cette société a déjà sa géopolitique et un drapeau, de même que des enfants de multiples origines. Il lui manque le cadre civique intégrateur. Qui voudra transformer l’humanité devra tout d’abord apprendre l’éthique et le politique au sein de sa communauté. De la sorte, les valeurs en déficit pourront se renouveler dans la multiplicité des alliances. Et la personne rejoint le politique jusque dans la violence et la pauvreté du village global. Jusque dans l’évolution du cadre civique.

Bref, un peu partout, on constate des valeurs en déficit et la nécessité de la reconstruction de l’éthique des sociétés. Mais, tout d’abord, commencer entre les murs de sa communauté. Pour vous et moi, il s’agit du Québec mais aussi de tous les Émile qu’il voudra bien former pour son propre avenir.


Jeanne Gagnon