mercredi 23 février 2000

Lettre ouverte à Jean Rochon - Ministre responsable Science et Technologie

Montréal, le 23 février  2000

Lettre au Journal Le Devoir (non publiée)


Monsieur Jean ROCHON
Ministre responsable de la Recherche, de la Science et de la Technologie
Gouvernement du Québec

Objet : Les menaces de la technologie sur la société civile sont aussi menaces sur le havre domiciliaire

dimanche 20 février 2000

Lettre à Pierre Bourque - Maire de Montréal

Lettre publiée dans le Journal Visions Voisins – Vol. 7, no 1 – 20 février 2000.


Monsieur Pierre Bourque
Maire de Montréal


Objets :  L’environnement et les ruelles vertes

Lors d’un événement préparé par Ecoquartier,  j’ai té amenée, en votre présence, à signaler les aléas du militantisme pour les ruelles vertes, et ce, à travers le porte à porte, les conquêtes et oppositions farouches d’un défi.  Personnellement, j’aurai éprouvé des satisfactions à convaincre tout en gardant l’équilibre d’une vision non déformée par la poésie du vert.

Au fil des jours et des mots militants, j’optai pour un portrait réaliste. La responsabilité des mots et le désir de support à travers la transparence m’y obligeaient. Vous le savez déjà, le projet des ruelles vertes est fait d’une forme d’engagement à tous les échelons.

Le fossé entre la ruelle de tradition et la ruelle verte est indéniable. Comment mieux en traduire l’image sinon par l’évocation du choc culturel!  Art de vivre et partage d’un espace, faits et gestes autour d’un sentier méprisé, décloisonnement et sentiment d’appartenance où se profile l’engagement.  Voilà ma représentation de la ruelle verte!  Dans la transformation amenée par le verdissement des ruelles, et quel que soit le secteur visé, on y retrouve Ecoquartier.  Cet organisme pourrait avoir été fondé par le Frère Marie-Victorin tant son idéal veut les croisements de la nature.

Un legs pourrait venir des ruelles vertes dans la cité.  Toutefois, et vous en conviendrez facilement, nul ne pourra léguer ce qui fait défaut. Dans mon rapport avec Ecoquartier, il m’est apparu évident que le grand plan d’actions est vaste et noble mais que les moyens y sont insuffisants.  Ce qui me fait craindre la menace à long terme. Car si le défi des ruelles vertes est exigeant dans le temps, il est aussi de temps!  On ne saurait oublier que le court terme des chantiers avale tout du temps du maître (Ecoquartier) et de ses disciples (le personnel)!  Ce qui oblige le maître à mettre à l’œuvre des disciples peu préparés à éduquer sur le chantier.

Souvenez-vous de notre brève conversation lors de l’événement d’octobre dernier!  Je vous ai fait part de carences tout autant par rapport à l’éducation que par rapport aux outils dont dispose Ecoquartier.  Dans l’ensemble, ce sont des carences perçues par une militante confrontée à l’œuvre d’une ruelle en devenir.  Néanmoins, j’étais à même de voir les menaces d’aliénation d’une grande courroie de transmission (Ecoquartier) sur les vases communicants (personnel-population-engagement).  Bref, courroie surchargée par les exigences multiformes et ponctuelles.


Sans une révision des plans d’actions à travers l’éducation, la Ville de Montréal et Ecoquartier travailleront sur des sables mouvants. Le repli trop facile faisant de tout projet des ruelles vertes un chantier parcellaire et artificiel. Il s’agit d’un vaste projet où la Ville de Montréal devient responsable au premier degré.

L’administration de la Ville de Montréal doit penser par delà les budgets de ruelles ciblées. L’administration doit revendiquer les ruelles vertes comme un héritage où l’éducation revendique sa juste place.  Indéniablement, il s’agit d’un placement d’argent durable où se profile la cité plus humaine, les solidarités de quartier et une vision écologique auquelle la population sera entraînée de façon sensible.

Par ma lettre, Monsieur le Maire, j’ai voulu témoigner d’un souci quant à l’évolution des ruelles vertes.  Ainsi, à titre de premier citoyen de Montréal, et de même pour avoir présidé aux transformations du Jardin botanique de notre ville, vous reconnaîtrez l’importance de l’éducation à travers le legs intervenant par les ruelles vertes.

Puisse ma lettre vous y rappeler tout en favorisant le devenir de Montréal à travers l’écologie!



Jeanne Gagnon
Écrivaine






jeudi 16 décembre 1999

" Présentation du Numéro 83 - Revue Moebius - Violences "

PRÉSENTATION du numéro 83 – Revue Moebius – Violences  (pp. 5-7)

Pourquoi faire un numéro thématique sur la violence, sinon parce que ce mot est à la mode, voire lié à la  décadence d’une fin de millénaire!  La réponse est trop simpliste.  Surtout qu’elle ne tient pas compte de l’Histoire des violences.  Ce qui nous renvoie au big bang, aux cataclysmes naturels, aux guerres qui ont détruit et reconstruit les civilisations.

Plus près de nous, quelques cataclysmes récents et cette guerre du Kosovo témoignant de la violence.  Bref, ni l’évolution de la science ni l’évolution des civilisations n’arrivent à cerner toutes les issues de la violence.

Tout récemment, Salomé de Richard Strauss me rappela les violences de certains personnages bibliques. On se souviendra qu’après avoir dansé pour son beau-père, Salomé exigea la tête du prophète.  Joie orgiaque en même temps que pure vengeance, Salomé joua avec le pouvoir de l’envoûtement. Jusqu’au moment où, pour avoir cédé, Hérode ordonnera sa mort.

Pensons encore aux violences qui, au quotidien, rejoignent citoyennes et citoyens du village global.  Aux États-Unis, les lycéens massacrent d’autres étudiants.  Dans les pays en état de guerre, les menaces pesant tant sur les civils que sur le front d’un conflit.  La violence qui s’impose lourdement par la pauvreté et l’exclusion.  On sait que des statistiques récentes signalent qu’un habitant de la planète sur six vit dans la pauvreté absolue et que 800 millions d’enfants souffrent de la faim.

A toutes ces images de violence, ajoutons celle touchant la famille; celle envers les enfants;  celle au sein de l’école; celle du couple s’agrippant jusque dans la violence du meurtre; celle de femmes violées; celle de femmes aux prises avec l’agression psycho-physique en logement alors que les technologies favorisent le viol du territoire et les filières d’agression dans l’impunité.

On ne pourrait énumérer toutes les forces de violence.  Je m’en voudrais de ne pas mentionner celle faite aux prisonniers politiques, celle obligeant des écrivains à vivre cachés pour éviter la mort violente.  On aura deviné le lien avec Salman Rushdie et Talisma Nasrin.  Tant d’autres écrivains sont traqués par la dictature politique.

Toutes les violences ont cette particularité, à savoir contrevenir à la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Et cela, malgré l’évolution des sociétés et l’enchâssement des droits de l’homme dans un ensemble de constitutions.  Les droits humains doivent être perçus comme un pont éthique favorisant l’évolution de l’humanisme.  En dépit des technologies qui permettront de faire la guerre sans se salir les mains.

A l’échelle de la planète, l’épreuve de la plate-forme éthique se vit sous nos yeux avec Bernard Koushner, porte-parole de l’ONU au cœur du Kosovo.  Son défi apparaît surhumain!  Dans les faits, il force le destin en invitant Serbes et Kosovars à faire alliance à travers le pont éthique.  C’est-à-dire refaire l’ordre du Kosovo par-delà les haines et les blessures.

L’espérance et la foi lui servent de viatique.  Malgré les crimes et la poursuite infernale d'une violence ayant changé de camp.  Disons que toute espérance invite le mythe et que de l’acte conséquent peut surgir la part mythique.

Malgré l’imperfection du gène humain, malgré les violences qui ont eu cours entre Serbes et Albanais, la foi de Koushner est un quasi porte-étendard d’une foi de l’après-violence, à savoir : refaire l’ordre à partir du chaos.  Tout en nous rappelant également la vanité de la violence, la vanité du politique, les morts inutiles pour perpétuer la légende de destruction / reconstruction. Ce pays ne pouvait-il se remodeler dans l’encadrement d’un pont démocratique exempt de manipulations? Car si Salomé a pu envoûter Hérode par la danse des sept voiles, le politicien peut envoûter à partir d’une  parole servant des ambitions toutes personnelles.

Le Kosovo est quelque part entre mon téléviseur et mon journal, entre l’humanité et mon réel. Quelque part entre ma société et le monde. Cette proximité du Kosovo me rend plus proche des vulnérabilités du Québec.  Tout en me faisant convenir du sens qu’il nous appartiendra de redéfinir hors du fédéralisme.  Sans oublier le passé! Tout en reconnaissant que le passé se doit de tenir compte du multiculturalisme, mais dans un nouveau cadre et dans l’éducation harmonieuse ou susceptible de favoriser l’évolution d’une citoyenneté française en Amérique! Cette société a déjà sa géopolitique et un drapeau, de même que des enfants de multiples origines. Il lui manque le cadre civique intégrateur. Qui voudra transformer l’humanité devra tout d’abord apprendre l’éthique et le politique au sein de sa communauté. De la sorte, les valeurs en déficit pourront se renouveler dans la multiplicité des alliances. Et la personne rejoint le politique jusque dans la violence et la pauvreté du village global. Jusque dans l’évolution du cadre civique.

Bref, un peu partout, on constate des valeurs en déficit et la nécessité de la reconstruction de l’éthique des sociétés. Mais, tout d’abord, commencer entre les murs de sa communauté. Pour vous et moi, il s’agit du Québec mais aussi de tous les Émile qu’il voudra bien former pour son propre avenir.


Jeanne Gagnon


mercredi 1 décembre 1999

De Sarajevo à Montréal

Quelques extraits de propos autour de violences subies par deux femmes vous sont livrées. Monologues de deux solitudes renvoyant à l’isolement et au refus de la violence.  En même temps que s'y  profile  la conscience aigüe des événements...le vif désir de reconquête d'un territoire.  (La réflexion faisant partie de la présentation de ce numéro littéraire est repérable au sein de la bibliographie). 


Introduction
Dans ma vie, plus que toute autre guerre, celle sur Sarajevo restera comme l’image terrifiante d’une domination collective autour de l’ethnicisme. Au même moment, dans le confort d’un pays pacifique, j’étais confrontée aux droits bafoués. Assez curieusement, je m’identifiai à l’oppression des femmes de Sarajevo. Et pourtant, j’étais à des années lumières de leur quotidien ! Ce qui nous aura rapprochées: les droits bafoués et la déstabilisation du territoire dans le rapport de force.

Sarajevo frappa mon imaginaire sur un autre plan, c’est-à-dire comme lieu tributaire d’une culture mixte. Car, dans cette mixité, se recoupe la langue commune et l’harmonie de la culture bosniaque. La Bosnie m’apparaissait l’image idéale de civilisations en croisements. Ville phare de la mixité tant par les croisements que par l’architecture, à l’heure du nationalisme, il fallait la blesser mortellement dans son art de vivre et son architecture.

L’une et l’autre femme du récit témoignent d’un combat contre l’oppression.


I

VERA 
Tel le monstre de l’insémination, je subis le conflit comme l’injustice d’une génération sacrifiée par les idéaux d’une guerre. Déjà des milliers de corps vivants et morts témoignent du carnage. Les familles vivent la séparation par nécessités. Les cendres de l’ex-Yougoslavie vont être compostées de civils et soldats morts entre idéologies et terrorisme.


ALICE
Dans l’élan d’une vie, il est des pièges cachés qui prennent l’image d’une guerre. Ces pièges englobent les droits humains. L’isolement et les rapports de forces s’imposeront de telles façons que droits et valeurs y seront niées.



II

VERA
Tout a pris sens à travers les discours orientant pouvoir et divisions. Si longtemps...l’auréole de la défaite légendaire et le refus des croisements entre Rome/Byzance/Constantinople. Puis, l’harmonieuse mixité d’une bouture éclatante de vérité.

ALICE
L’origine du conflit trouve source dans les quelques rapports obligés. Entre nous, d’abord les civilités d’usage, puis l’indifférence affichée. Ensuite le mépris ouvert et le rejet brutal. Vivement, la conscience s’était rangée du côté de l’instinct primitif.


III

VERA
Les continents et plaques tectoniques ont une histoire modelant tout profil, sans oublier l’évolution qu’impose l’usure des temps. La grande Serbie a rêvé de son avenir dans la reconquête. Le flambeau est sur la Bosnie. On y galvanise les troupes pour un retour au Kosovo.

ALICE
L’écart s’était creusé dans le non-sens des masques. S’ajoutèrent les pleurs et hurlements d’une femme dont la bouche en cœur m’exaspérait. Juste au-dessus de la salle à manger, ses cris alertant toute la maisonnée ! Puis l’homme traversant jusqu’à elle d’un pas martial. Alors...la maison retrouvait son silence.


IV

VERA
Toute communauté en guerre cautionne ses choix dans les révolutions, sinon par les compromis d’ambassades. D’un côté ou l’autre, quelques canevas servent de toiles de fond. Le dessein vise la démocratie ou la dictature déguisée.

ALICE
Lentement...quelques droits usurpés. Les pièges de l’envahisseur ne demandent nul courage. Seulement de la fourberie !


V

VERA
Est-ce un rêve que ce souffle de la légende pour le repartage dans l’ethnicité ? Sur quels fondements reposent l’avenir et la liberté de l’humain si la politique s’autorise d’un apartheid en Bosnie et au Kosovo ?

ALICE
Serions-nous infailliblement voués à la violence de L’Homme des Cavernes ? La violence de la Nature suppose que l’humanité compose avec la fibre. Voyons l’image de la plante vorace aspirant l’autre, de la plante aux racines toxiques dominant son environnement ; de l’humanité partagée entre guerres et paix, et ce jusque dans les espaces de la cité, du quartier, de nos maisons.


VI

VERA
L’inertie imposée par le terrorisme a favorisé les manœuvres politiques de la grande Serbie. Sait-on quelles valeurs prévaudront si la Légende reconquiert les lieux de la Bataille de 1389 ?

ALICE
Le siège d’une armée eut des origines bien avant la Guerre de Troie. Ainsi, l’occupation prit plusieurs modèles à travers les civilisations. Pour cette guerre tribale, le couple inventa son prototype. Primo : il s’agissait d’instaurer le Théâtre de la Duplicité ! Secundo : de l’utiliser dans l’impalpable d’un rapport de forces sur la femme isolée. Tertio : de composer avec un programme dont la trilogie porterait sur : Haine-Vengeance-Violence.

(………….)

VERA
D’un côté, les corps morts de la charnière. De l’autre, tous les civils mutilés par l’artillerie du grand dessein. Y., un acteur de Sarajevo, a perdu les deux jambes lors d’une escalade de l’armée. Il est revenu à la conscience après un coma de trois mois. Le théâtre et la mise en scène reste sa vie. Tout son temps est donné à la physiothérapie et à l’écriture d’une fresque relatant la guerre de Sarajevo. L’œuvre sera intitulée Le Passage des derniers Huns. Les faits marquants du génocide y sont développés.

ALICE
Quelle est la part de responsabilité du sujet rejeté quant au choix d’un sentier de violence ? Est-ce prédisposition atavique ou besoin d’un exorcisme plus ou moins imposé par l’inconscient ?

VERA
Comment se reconnaître belle quand la mort est partout ? Quand le radicalisme d’un miroir oblige à de nouveaux codes sociaux sans égard aux reniements ! Comment se regarder dans la sérénité lorsque le pouls qui bat peut s’éteindre avant d’avoir traversé le miroir ? Comment se reconnaître belle quand l’âme de Sarajevo étouffe d’aliénation ? Comment se reconnaître belle quand tout ce qui représente l’originalité d’un passé s’effondre ? Comment s’abandonner au miroir d’appartenance sans se renier ? Comment reconnaître nos visages dans le miroir de divisions enfantant le gène d’une haine dont nos enfants deviendront responsable ?

ALICE
Comment être belle dans l’espace d’un miroir de duplicité et de soumission par la peur ? Comment se reconnaître belle quand le visage est déchiré entre droits et valeurs ? Comment se reconnaître belle lorsqu’on se perçoit dans l’équation d’un champ de tir menaçant tant les droits que l’équilibre ?


Court extrait du texte publié dans la Revue Moebius, Numéro Violences, no 83, déc. 1999, Éditions Triptyque, Montréal, Québec.

jeudi 28 octobre 1999

Lettre ouverte au Ministre Jean Rochon

Monsieur Jean ROCHON
Ministre responsable de la Recherche, de la Science et de la Technologie
Gouvernement du Québec
Objet : Les menaces de la technologie sur le citoyen ordinaire

Monsieur le ministre,

Je m’adresse à vous dans le cadre de menaces que génère l’évolution des technologies.  Tout en se reconnaissant du village global, le citoyen appartient à son milieu socio-communautaire, mais  avant tout à l’intimité du lieu domiciliaire.

lundi 18 octobre 1999

Allocution sur les ruelles vertes devant le Maire Pierre Bourque et Frédéric Back

Invitée d’honneur d’Eco quartier  et d’Eco Action le 18 octobre 1999


Monsieur le Maire,
Monsieur Frédéric Back
Membres d’Éco Quartier et d’Éco Action
Je considère réel privilège d’avoir été invitée à parler de mon projet ruelle-verte devant le Maire de Montréal.  Cette future ruelle verte de l’an 2000 a commencé par exister poétiquement dans mon imaginaire à partir du moment où j’ai pris connaissance d’un article publié dans le journal ICI.  C’était à l’été 1998.  Le hasard de cette lecture m’instruisait d’un concept de ruelles dites ruelles soleil, mais aussi des origines du sentier que représente la ruelle de cette fin de millénaire.  Que je vous rappelle aux origines de la ruelle, et nous serons ramenés à l’incendie de Londres en 1666. Bref, ce journal faisait mention de l’historique création comme étant celle de la bourgeoisie anglaise de l’époque.  Ainsi ai-je appris que Montréal créa ses propres ruelles deux siècles plus tard, à savoir peu après l’incendie de 1852.

On réalise que la ruelle est d’abord un sentier utilitaire.  Inutile de vouloir nier que la ruelle a participé des liens humains.  Vous vous souvenez de My Fair Lady?  La toile de fond nous projette dans la ruelle et sa culture.

Si 1852 marque les débuts de nos ruelles, près de 150 ans plus tard celles-ci continuent de se partager entre l’utilitaire et les rapports humains.  Certains quartiers l’auront dédié à l’utilitaire quand d’autres naviguent entre l’utile et l’art de vivre.  Pensons aux italiens et à l’envahissement de la culture maraîchère sur les ruelles.  Dans une grande cité (et pourtant nous ne sommes pas à New York) tenter de connaître ses voisins relève d’un exploit.  Avez-vous remarqué que l’ensemble des citoyens-citoyennes partent et reviennent aux mêmes heures, mais qu’ils se regardent à peine?  On ignore jusqu’aux noms de nos voisins immédiats.

Lorsque j’ai appris l’existence de la ruelle soleil, d’instinct j’ai eu le sentiment qu’elle me permettrait de faire d’un lieu méprisé, voire renié, un lieu ouvert, invitant, solliciteur de partage et même susceptible d’un art de vivre communautaire.  Derrière la maison, les allées et venues prennent un autre rythme.  Cela même si l’espace reste perçu comme rebutant.

A partir du moment où j’ai décidé d’orienter le profil de ma ruelle, il me fallait rejoindre les autres, porter un regard collectif sur l’espace, et bien sûr…intégrer l’espace interdit à partir d’une vision partagée.

La concertation :
Il me restait à voir mon défi dans la loupe du politique et de l’écologie.  Ce qui dépassait notre environnement immédiat, eu égard au fait que j’avais à rejoindre les autres.  (…).  Dans l’ensemble, j’ai reçu un très bon accueil.  Mis à part quelques cas isolés où les propriétaires sont réfractaires, je pourrais admettre que les riverains de l’îlot 180 sont mûrs pour une ruelle verte.  Certains plus que d’autres, à savoir qu’il y a ceux et celles qui sont prêts à dépasser leur « patios » pour travailler ponctuellement, et selon les saisons, quand d’autres la voudraient…mais avec des réserves.

Comme dans tout projet politique, j’ai fait du porte à porte.  Ceci aura demandé une certaine écoute.  La qualité de vie qui vient d’une ruelle verte a favorisé la concertation autour du projet.  Par contre, les différents intervenants me ramenaient à des réalités dont je n’avais pas idée.  Ce que la ruelle verte ne pourrait transporter, sinon par l’intervention musclée de la Ville de Montréal.  Ce qui nous ramène aux propriétaires de chiens peu soucieux de ramasser les restes du chien;  ce qui nous ramenait aux poubelles qui sont la cause d’un air pestilentiel.
La concertation pourrait générait un budget…mais à travers quelle participation?
Ma constance se trouve récompensée puisqu’il y a l’annonce d’un budget pour le printemps 2000. Par contre, je me demande à quoi seront confrontés les riverains-riveraines de l’îlot 180?  La ruelle verte reste à dessiner.  Ensuite il y a la mise en chantier.  Qui  sera le maître d’œuvre?  D’où viendront les agents de la grande semence pour que l’esquisse devienne réalité?  Comment allez-vous répartir les groupes de bêche, les semences, la transplantation d’arbres et d’arbrisseau?

Personnellement, je m’en remets à Eco Quartier comme maître d’œuvre.  A ce moment, je dis que nous, parrains-marraines et groupe de l’îlot 180, nous allons vous doubler lorsque viendra le temps d’entretenir la ruelle verte, de la protéger au fil des saisons, voire de l’améliorer au fil de nos plans et saisons.  Car, nous sommes conscients de nos responsabilités mais aussi que la ruelle verte pourra être un projet par étapes.

Évidemment, je serais beaucoup plus réticente advenant qu’on veuille que les riverains-riveraines de l’îlot 180 construisent la ruelle verte à partir d’une « job de bras » (citation tirée de Connaissez-vous les ruelles vertes, page 14).  De fait, au fil de mes lectures, j’ai pu prendre connaissance de cette toute nouvelle édition d’un petit fascicule traitant de la transformation de nos ruelles.  Cette publication d’Eco Action 2000 m’aura conscientisée à des facettes qui m’étaient inconnues, à savoir tout ce qui s’ajoute à l’évolution d’une esquisse.  Cette publication récente devra circuler plus officiellement auprès des adeptes de ruelles vertes.  De la sorte, tant les attentes des riverains-riveraines que des autorités resteront dans la même vision d’un grand chantier conduisant à la « ruelle verte ».
Notre participation ne doit pas être artificielle
J’ai voulu faire de mon projet un projet politique capable de favoriser la ruelle verte, et surtout un projet de participation qui ne soit pas artificiel. C’est pourquoi je reste consciente de la nécessité d’une information bien divulguée.  C’est pourquoi, je le répète, les riverains-riveraines de l’îlot 180 sont, tout comme moi, mûrs pour la ruelle verte avec la nuance que je viens d’apporter.

Je pense que la Ville de Montréal fait un placement d’argent durable avec l’évolution vers les ruelles vertes. Tant pour la beauté d’une ville qui met tout le fard sur l’avant des maisons, mais en négligeant l’arrière, à savoir les ruelles.  De mes amis suisses m’en avaient fait la remarque, à savoir que Montréal est ville séduisante mais qu’il ne faut surtout pas s’aventurer dans les ruelles.

Pour ma part, ce que j’avais pressenti est réel.  L’espace récupéré favorise le décloisonnement et pourrait favoriser la vie de quartier. Je l’ai constaté tout au long de l’été en découvrant mes riverains-riveraines et ce qu’ils espèrent de la ruelle verte.

Remerciements
Je remercie la structure d’Eco Quartier dont je dépends pour son appui depuis le début, et pour l’appui que je continue d’anticiper.  Ces organismes sont nécessaires à la culture verte des ruelles, de même par extension, à cette vision en bouture qui n’aurait pas déplu au Frère Marie Victorin.

Par contre, pour que l’un et l’autre des Éco Quartiers soient à la hauteur, bref dans l’esprit d’un monde écologique capable d’évolution, la Ville de Montréal devra favoriser non seulement l’éducation mais aussi l’outil de chacune des structures.

De la sorte, le lien opérationnel deviendra plus susceptible de transmettre les vraies valeurs, à partir d’une véritable éducation par le savoir et par l’outil.  Ce qui pourrait générer des boutures dont on ne peut prédire les croisements.  Ainsi se transforment les cultures.  Ainsi se transforme le visage d’un monde citadin!

mardi 4 août 1998

Lettre à Ignacio Ramonet - Le monde diplomatique

Montréal, le  4 août  1998
Lettre demeurée sans réponse ni publication

Ignacio Ramonet
Président et directeur de la publication
LE MONDE DIPLOMATIQUE
21 bis, rue Claude-Bernard
75242 Paris
France

LETTRE OUVERTE

Monsieur,
Je suis toujours intéressée par vos éditoriaux publiés dans Le monde diplomatique et fort consciente de l’engagement que sous-tend cette parole au sein d’un mondialisme exacerbé.

lundi 18 mai 1998

Quand la culture politique est anémique...

On ne peut mieux évaluer théorie et pratique que dans le rapport au réel. Pour un syndicat, il s’agira de vérifier ses valeurs ou profondeur culturelle dans le vif d’un rassemblement du calendrier. L’Assemblée Générale en est. Les théories deviennent palpables et dans l’entrechoquement, on est confronté à la vérité d’une culture.

Intéressée par le discours syndical, il m’aura fallu intégrer la fonction publique pour mieux cerner ce que sous-tend la pratique. Jusqu’à vérifier ce que ce discours ne peut (ou ne veut) révéler derrière les mots, dans les codes cachés et jusque dans l’astuce d’attitudes protectrices et de dernier ressort.

Mon propos fait lien avec l’assemblée générale des 28 et 29 avril, tout en dépassant l’événement. J’étais de la deuxième soirée (Région de Montréal) et l’une et l’autre avait pour but de ramener la base autour de la version finale d’une convention collective (1998-2002) à entériner. Selon des témoignages, je peux avancer que le rassemblement précédent s’était déroulé selon une même scénarisation. Bref, un document de 50 pages à cautionner ; la banderole affichant le retard idéologique du Syndicat de la Fonction Publique Québécoise (S.F.P.Q.) et les accrochages autour d’une procédure malmenant la démocratie.


Le syndicalisme est malade

Premier constat : L’écart existentiel entre base et structures hiérarchiques se partage entre l’indifférence et l’angoisse, entre l’indifférence et l’absence de crédibilité du syndicat. L’assistance aux assemblées ponctuelles peut varier entre une poignée d’individus venus se rassurer ou aux nouvelles (quelques centaines lors de la dernière assemblée). Parfois, entraînés d’autorité vers le rassemblement. Le ton de la convocation, voire l’imprécation peut faire la différence. Même les plus politisés restent de la base non fervente.

Deuxième constat : Les objectifs du discours sont diffusés selon deux modes. L’un est porteur des idéologies formalistes, et surtout diffusé par publications ou lors de rassemblements de masse. L’autre mode vient de rencontres ponctuelles et fait intervenir le lien entre base et théories d’une convention collective.

dimanche 1 mars 1998

Et si le droit au travail pour tous passait par... la mort de l'emploi?

Article paru dans l'Action nationale

Pouvons-nous soutenir que l'écart entre travail et emploi s'exacerbera dans les prochaines décennies? L'écart pouvant même se transformer en rivalités de droits entre citoyens/citoyennes. Droits, dont certains, pourraient se rattacher à l'inclusion ou l'exclusion. Au premier regard, l'écart demeure inapparent, mais les déchirures vont continuer de se faire par l'emploi et le mondialisme. L'écart mettra en compte jusqu'au clivage entre membres d'une même société par des valeurs en train de s'instaurer. Le profil est flou et chevauche sur deux polarités. D'un côté, le profil d'une civilisation humaniste capable d'intégrer la culture du travail. Ce qui exigerait la cohésion d'un plan visionnaire faisant avancer l'avenir du travail. De l'autre, celui d'une société hiérarchisée dans les privilèges de l'emploi, sans égard au tissu social. Une culture qui s'instaure dans le marchéage. Dans cette société, l'État cède le pouvoir au néolibéralisme. Le monde est sans frontière et dans la perspective de privilèges d'un modèle féodal rajeuni.