jeudi 16 décembre 1999

" Présentation du Numéro 83 - Revue Moebius - Violences "

PRÉSENTATION du numéro 83 – Revue Moebius – Violences  (pp. 5-7)

Pourquoi faire un numéro thématique sur la violence, sinon parce que ce mot est à la mode, voire lié à la  décadence d’une fin de millénaire!  La réponse est trop simpliste.  Surtout qu’elle ne tient pas compte de l’Histoire des violences.  Ce qui nous renvoie au big bang, aux cataclysmes naturels, aux guerres qui ont détruit et reconstruit les civilisations.

Plus près de nous, quelques cataclysmes récents et cette guerre du Kosovo témoignant de la violence.  Bref, ni l’évolution de la science ni l’évolution des civilisations n’arrivent à cerner toutes les issues de la violence.

Tout récemment, Salomé de Richard Strauss me rappela les violences de certains personnages bibliques. On se souviendra qu’après avoir dansé pour son beau-père, Salomé exigea la tête du prophète.  Joie orgiaque en même temps que pure vengeance, Salomé joua avec le pouvoir de l’envoûtement. Jusqu’au moment où, pour avoir cédé, Hérode ordonnera sa mort.

Pensons encore aux violences qui, au quotidien, rejoignent citoyennes et citoyens du village global.  Aux États-Unis, les lycéens massacrent d’autres étudiants.  Dans les pays en état de guerre, les menaces pesant tant sur les civils que sur le front d’un conflit.  La violence qui s’impose lourdement par la pauvreté et l’exclusion.  On sait que des statistiques récentes signalent qu’un habitant de la planète sur six vit dans la pauvreté absolue et que 800 millions d’enfants souffrent de la faim.

A toutes ces images de violence, ajoutons celle touchant la famille; celle envers les enfants;  celle au sein de l’école; celle du couple s’agrippant jusque dans la violence du meurtre; celle de femmes violées; celle de femmes aux prises avec l’agression psycho-physique en logement alors que les technologies favorisent le viol du territoire et les filières d’agression dans l’impunité.

On ne pourrait énumérer toutes les forces de violence.  Je m’en voudrais de ne pas mentionner celle faite aux prisonniers politiques, celle obligeant des écrivains à vivre cachés pour éviter la mort violente.  On aura deviné le lien avec Salman Rushdie et Talisma Nasrin.  Tant d’autres écrivains sont traqués par la dictature politique.

Toutes les violences ont cette particularité, à savoir contrevenir à la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Et cela, malgré l’évolution des sociétés et l’enchâssement des droits de l’homme dans un ensemble de constitutions.  Les droits humains doivent être perçus comme un pont éthique favorisant l’évolution de l’humanisme.  En dépit des technologies qui permettront de faire la guerre sans se salir les mains.

A l’échelle de la planète, l’épreuve de la plate-forme éthique se vit sous nos yeux avec Bernard Koushner, porte-parole de l’ONU au cœur du Kosovo.  Son défi apparaît surhumain!  Dans les faits, il force le destin en invitant Serbes et Kosovars à faire alliance à travers le pont éthique.  C’est-à-dire refaire l’ordre du Kosovo par-delà les haines et les blessures.

L’espérance et la foi lui servent de viatique.  Malgré les crimes et la poursuite infernale d'une violence ayant changé de camp.  Disons que toute espérance invite le mythe et que de l’acte conséquent peut surgir la part mythique.

Malgré l’imperfection du gène humain, malgré les violences qui ont eu cours entre Serbes et Albanais, la foi de Koushner est un quasi porte-étendard d’une foi de l’après-violence, à savoir : refaire l’ordre à partir du chaos.  Tout en nous rappelant également la vanité de la violence, la vanité du politique, les morts inutiles pour perpétuer la légende de destruction / reconstruction. Ce pays ne pouvait-il se remodeler dans l’encadrement d’un pont démocratique exempt de manipulations? Car si Salomé a pu envoûter Hérode par la danse des sept voiles, le politicien peut envoûter à partir d’une  parole servant des ambitions toutes personnelles.

Le Kosovo est quelque part entre mon téléviseur et mon journal, entre l’humanité et mon réel. Quelque part entre ma société et le monde. Cette proximité du Kosovo me rend plus proche des vulnérabilités du Québec.  Tout en me faisant convenir du sens qu’il nous appartiendra de redéfinir hors du fédéralisme.  Sans oublier le passé! Tout en reconnaissant que le passé se doit de tenir compte du multiculturalisme, mais dans un nouveau cadre et dans l’éducation harmonieuse ou susceptible de favoriser l’évolution d’une citoyenneté française en Amérique! Cette société a déjà sa géopolitique et un drapeau, de même que des enfants de multiples origines. Il lui manque le cadre civique intégrateur. Qui voudra transformer l’humanité devra tout d’abord apprendre l’éthique et le politique au sein de sa communauté. De la sorte, les valeurs en déficit pourront se renouveler dans la multiplicité des alliances. Et la personne rejoint le politique jusque dans la violence et la pauvreté du village global. Jusque dans l’évolution du cadre civique.

Bref, un peu partout, on constate des valeurs en déficit et la nécessité de la reconstruction de l’éthique des sociétés. Mais, tout d’abord, commencer entre les murs de sa communauté. Pour vous et moi, il s’agit du Québec mais aussi de tous les Émile qu’il voudra bien former pour son propre avenir.


Jeanne Gagnon


mercredi 1 décembre 1999

De Sarajevo à Montréal

Quelques extraits de propos autour de violences subies par deux femmes vous sont livrées. Monologues de deux solitudes renvoyant à l’isolement et au refus de la violence.  En même temps que s'y  profile  la conscience aigüe des événements...le vif désir de reconquête d'un territoire.  (La réflexion faisant partie de la présentation de ce numéro littéraire est repérable au sein de la bibliographie). 


Introduction
Dans ma vie, plus que toute autre guerre, celle sur Sarajevo restera comme l’image terrifiante d’une domination collective autour de l’ethnicisme. Au même moment, dans le confort d’un pays pacifique, j’étais confrontée aux droits bafoués. Assez curieusement, je m’identifiai à l’oppression des femmes de Sarajevo. Et pourtant, j’étais à des années lumières de leur quotidien ! Ce qui nous aura rapprochées: les droits bafoués et la déstabilisation du territoire dans le rapport de force.

Sarajevo frappa mon imaginaire sur un autre plan, c’est-à-dire comme lieu tributaire d’une culture mixte. Car, dans cette mixité, se recoupe la langue commune et l’harmonie de la culture bosniaque. La Bosnie m’apparaissait l’image idéale de civilisations en croisements. Ville phare de la mixité tant par les croisements que par l’architecture, à l’heure du nationalisme, il fallait la blesser mortellement dans son art de vivre et son architecture.

L’une et l’autre femme du récit témoignent d’un combat contre l’oppression.


I

VERA 
Tel le monstre de l’insémination, je subis le conflit comme l’injustice d’une génération sacrifiée par les idéaux d’une guerre. Déjà des milliers de corps vivants et morts témoignent du carnage. Les familles vivent la séparation par nécessités. Les cendres de l’ex-Yougoslavie vont être compostées de civils et soldats morts entre idéologies et terrorisme.


ALICE
Dans l’élan d’une vie, il est des pièges cachés qui prennent l’image d’une guerre. Ces pièges englobent les droits humains. L’isolement et les rapports de forces s’imposeront de telles façons que droits et valeurs y seront niées.



II

VERA
Tout a pris sens à travers les discours orientant pouvoir et divisions. Si longtemps...l’auréole de la défaite légendaire et le refus des croisements entre Rome/Byzance/Constantinople. Puis, l’harmonieuse mixité d’une bouture éclatante de vérité.

ALICE
L’origine du conflit trouve source dans les quelques rapports obligés. Entre nous, d’abord les civilités d’usage, puis l’indifférence affichée. Ensuite le mépris ouvert et le rejet brutal. Vivement, la conscience s’était rangée du côté de l’instinct primitif.


III

VERA
Les continents et plaques tectoniques ont une histoire modelant tout profil, sans oublier l’évolution qu’impose l’usure des temps. La grande Serbie a rêvé de son avenir dans la reconquête. Le flambeau est sur la Bosnie. On y galvanise les troupes pour un retour au Kosovo.

ALICE
L’écart s’était creusé dans le non-sens des masques. S’ajoutèrent les pleurs et hurlements d’une femme dont la bouche en cœur m’exaspérait. Juste au-dessus de la salle à manger, ses cris alertant toute la maisonnée ! Puis l’homme traversant jusqu’à elle d’un pas martial. Alors...la maison retrouvait son silence.


IV

VERA
Toute communauté en guerre cautionne ses choix dans les révolutions, sinon par les compromis d’ambassades. D’un côté ou l’autre, quelques canevas servent de toiles de fond. Le dessein vise la démocratie ou la dictature déguisée.

ALICE
Lentement...quelques droits usurpés. Les pièges de l’envahisseur ne demandent nul courage. Seulement de la fourberie !


V

VERA
Est-ce un rêve que ce souffle de la légende pour le repartage dans l’ethnicité ? Sur quels fondements reposent l’avenir et la liberté de l’humain si la politique s’autorise d’un apartheid en Bosnie et au Kosovo ?

ALICE
Serions-nous infailliblement voués à la violence de L’Homme des Cavernes ? La violence de la Nature suppose que l’humanité compose avec la fibre. Voyons l’image de la plante vorace aspirant l’autre, de la plante aux racines toxiques dominant son environnement ; de l’humanité partagée entre guerres et paix, et ce jusque dans les espaces de la cité, du quartier, de nos maisons.


VI

VERA
L’inertie imposée par le terrorisme a favorisé les manœuvres politiques de la grande Serbie. Sait-on quelles valeurs prévaudront si la Légende reconquiert les lieux de la Bataille de 1389 ?

ALICE
Le siège d’une armée eut des origines bien avant la Guerre de Troie. Ainsi, l’occupation prit plusieurs modèles à travers les civilisations. Pour cette guerre tribale, le couple inventa son prototype. Primo : il s’agissait d’instaurer le Théâtre de la Duplicité ! Secundo : de l’utiliser dans l’impalpable d’un rapport de forces sur la femme isolée. Tertio : de composer avec un programme dont la trilogie porterait sur : Haine-Vengeance-Violence.

(………….)

VERA
D’un côté, les corps morts de la charnière. De l’autre, tous les civils mutilés par l’artillerie du grand dessein. Y., un acteur de Sarajevo, a perdu les deux jambes lors d’une escalade de l’armée. Il est revenu à la conscience après un coma de trois mois. Le théâtre et la mise en scène reste sa vie. Tout son temps est donné à la physiothérapie et à l’écriture d’une fresque relatant la guerre de Sarajevo. L’œuvre sera intitulée Le Passage des derniers Huns. Les faits marquants du génocide y sont développés.

ALICE
Quelle est la part de responsabilité du sujet rejeté quant au choix d’un sentier de violence ? Est-ce prédisposition atavique ou besoin d’un exorcisme plus ou moins imposé par l’inconscient ?

VERA
Comment se reconnaître belle quand la mort est partout ? Quand le radicalisme d’un miroir oblige à de nouveaux codes sociaux sans égard aux reniements ! Comment se regarder dans la sérénité lorsque le pouls qui bat peut s’éteindre avant d’avoir traversé le miroir ? Comment se reconnaître belle quand l’âme de Sarajevo étouffe d’aliénation ? Comment se reconnaître belle quand tout ce qui représente l’originalité d’un passé s’effondre ? Comment s’abandonner au miroir d’appartenance sans se renier ? Comment reconnaître nos visages dans le miroir de divisions enfantant le gène d’une haine dont nos enfants deviendront responsable ?

ALICE
Comment être belle dans l’espace d’un miroir de duplicité et de soumission par la peur ? Comment se reconnaître belle quand le visage est déchiré entre droits et valeurs ? Comment se reconnaître belle lorsqu’on se perçoit dans l’équation d’un champ de tir menaçant tant les droits que l’équilibre ?


Court extrait du texte publié dans la Revue Moebius, Numéro Violences, no 83, déc. 1999, Éditions Triptyque, Montréal, Québec.

jeudi 28 octobre 1999

Lettre ouverte au Ministre Jean Rochon

Monsieur Jean ROCHON
Ministre responsable de la Recherche, de la Science et de la Technologie
Gouvernement du Québec
Objet : Les menaces de la technologie sur le citoyen ordinaire

Monsieur le ministre,

Je m’adresse à vous dans le cadre de menaces que génère l’évolution des technologies.  Tout en se reconnaissant du village global, le citoyen appartient à son milieu socio-communautaire, mais  avant tout à l’intimité du lieu domiciliaire.

lundi 18 octobre 1999

Allocution sur les ruelles vertes devant le Maire Pierre Bourque et Frédéric Back

Invitée d’honneur d’Eco quartier  et d’Eco Action le 18 octobre 1999


Monsieur le Maire,
Monsieur Frédéric Back
Membres d’Éco Quartier et d’Éco Action
Je considère réel privilège d’avoir été invitée à parler de mon projet ruelle-verte devant le Maire de Montréal.  Cette future ruelle verte de l’an 2000 a commencé par exister poétiquement dans mon imaginaire à partir du moment où j’ai pris connaissance d’un article publié dans le journal ICI.  C’était à l’été 1998.  Le hasard de cette lecture m’instruisait d’un concept de ruelles dites ruelles soleil, mais aussi des origines du sentier que représente la ruelle de cette fin de millénaire.  Que je vous rappelle aux origines de la ruelle, et nous serons ramenés à l’incendie de Londres en 1666. Bref, ce journal faisait mention de l’historique création comme étant celle de la bourgeoisie anglaise de l’époque.  Ainsi ai-je appris que Montréal créa ses propres ruelles deux siècles plus tard, à savoir peu après l’incendie de 1852.

On réalise que la ruelle est d’abord un sentier utilitaire.  Inutile de vouloir nier que la ruelle a participé des liens humains.  Vous vous souvenez de My Fair Lady?  La toile de fond nous projette dans la ruelle et sa culture.

Si 1852 marque les débuts de nos ruelles, près de 150 ans plus tard celles-ci continuent de se partager entre l’utilitaire et les rapports humains.  Certains quartiers l’auront dédié à l’utilitaire quand d’autres naviguent entre l’utile et l’art de vivre.  Pensons aux italiens et à l’envahissement de la culture maraîchère sur les ruelles.  Dans une grande cité (et pourtant nous ne sommes pas à New York) tenter de connaître ses voisins relève d’un exploit.  Avez-vous remarqué que l’ensemble des citoyens-citoyennes partent et reviennent aux mêmes heures, mais qu’ils se regardent à peine?  On ignore jusqu’aux noms de nos voisins immédiats.

Lorsque j’ai appris l’existence de la ruelle soleil, d’instinct j’ai eu le sentiment qu’elle me permettrait de faire d’un lieu méprisé, voire renié, un lieu ouvert, invitant, solliciteur de partage et même susceptible d’un art de vivre communautaire.  Derrière la maison, les allées et venues prennent un autre rythme.  Cela même si l’espace reste perçu comme rebutant.

A partir du moment où j’ai décidé d’orienter le profil de ma ruelle, il me fallait rejoindre les autres, porter un regard collectif sur l’espace, et bien sûr…intégrer l’espace interdit à partir d’une vision partagée.

La concertation :
Il me restait à voir mon défi dans la loupe du politique et de l’écologie.  Ce qui dépassait notre environnement immédiat, eu égard au fait que j’avais à rejoindre les autres.  (…).  Dans l’ensemble, j’ai reçu un très bon accueil.  Mis à part quelques cas isolés où les propriétaires sont réfractaires, je pourrais admettre que les riverains de l’îlot 180 sont mûrs pour une ruelle verte.  Certains plus que d’autres, à savoir qu’il y a ceux et celles qui sont prêts à dépasser leur « patios » pour travailler ponctuellement, et selon les saisons, quand d’autres la voudraient…mais avec des réserves.

Comme dans tout projet politique, j’ai fait du porte à porte.  Ceci aura demandé une certaine écoute.  La qualité de vie qui vient d’une ruelle verte a favorisé la concertation autour du projet.  Par contre, les différents intervenants me ramenaient à des réalités dont je n’avais pas idée.  Ce que la ruelle verte ne pourrait transporter, sinon par l’intervention musclée de la Ville de Montréal.  Ce qui nous ramène aux propriétaires de chiens peu soucieux de ramasser les restes du chien;  ce qui nous ramenait aux poubelles qui sont la cause d’un air pestilentiel.
La concertation pourrait générait un budget…mais à travers quelle participation?
Ma constance se trouve récompensée puisqu’il y a l’annonce d’un budget pour le printemps 2000. Par contre, je me demande à quoi seront confrontés les riverains-riveraines de l’îlot 180?  La ruelle verte reste à dessiner.  Ensuite il y a la mise en chantier.  Qui  sera le maître d’œuvre?  D’où viendront les agents de la grande semence pour que l’esquisse devienne réalité?  Comment allez-vous répartir les groupes de bêche, les semences, la transplantation d’arbres et d’arbrisseau?

Personnellement, je m’en remets à Eco Quartier comme maître d’œuvre.  A ce moment, je dis que nous, parrains-marraines et groupe de l’îlot 180, nous allons vous doubler lorsque viendra le temps d’entretenir la ruelle verte, de la protéger au fil des saisons, voire de l’améliorer au fil de nos plans et saisons.  Car, nous sommes conscients de nos responsabilités mais aussi que la ruelle verte pourra être un projet par étapes.

Évidemment, je serais beaucoup plus réticente advenant qu’on veuille que les riverains-riveraines de l’îlot 180 construisent la ruelle verte à partir d’une « job de bras » (citation tirée de Connaissez-vous les ruelles vertes, page 14).  De fait, au fil de mes lectures, j’ai pu prendre connaissance de cette toute nouvelle édition d’un petit fascicule traitant de la transformation de nos ruelles.  Cette publication d’Eco Action 2000 m’aura conscientisée à des facettes qui m’étaient inconnues, à savoir tout ce qui s’ajoute à l’évolution d’une esquisse.  Cette publication récente devra circuler plus officiellement auprès des adeptes de ruelles vertes.  De la sorte, tant les attentes des riverains-riveraines que des autorités resteront dans la même vision d’un grand chantier conduisant à la « ruelle verte ».
Notre participation ne doit pas être artificielle
J’ai voulu faire de mon projet un projet politique capable de favoriser la ruelle verte, et surtout un projet de participation qui ne soit pas artificiel. C’est pourquoi je reste consciente de la nécessité d’une information bien divulguée.  C’est pourquoi, je le répète, les riverains-riveraines de l’îlot 180 sont, tout comme moi, mûrs pour la ruelle verte avec la nuance que je viens d’apporter.

Je pense que la Ville de Montréal fait un placement d’argent durable avec l’évolution vers les ruelles vertes. Tant pour la beauté d’une ville qui met tout le fard sur l’avant des maisons, mais en négligeant l’arrière, à savoir les ruelles.  De mes amis suisses m’en avaient fait la remarque, à savoir que Montréal est ville séduisante mais qu’il ne faut surtout pas s’aventurer dans les ruelles.

Pour ma part, ce que j’avais pressenti est réel.  L’espace récupéré favorise le décloisonnement et pourrait favoriser la vie de quartier. Je l’ai constaté tout au long de l’été en découvrant mes riverains-riveraines et ce qu’ils espèrent de la ruelle verte.

Remerciements
Je remercie la structure d’Eco Quartier dont je dépends pour son appui depuis le début, et pour l’appui que je continue d’anticiper.  Ces organismes sont nécessaires à la culture verte des ruelles, de même par extension, à cette vision en bouture qui n’aurait pas déplu au Frère Marie Victorin.

Par contre, pour que l’un et l’autre des Éco Quartiers soient à la hauteur, bref dans l’esprit d’un monde écologique capable d’évolution, la Ville de Montréal devra favoriser non seulement l’éducation mais aussi l’outil de chacune des structures.

De la sorte, le lien opérationnel deviendra plus susceptible de transmettre les vraies valeurs, à partir d’une véritable éducation par le savoir et par l’outil.  Ce qui pourrait générer des boutures dont on ne peut prédire les croisements.  Ainsi se transforment les cultures.  Ainsi se transforme le visage d’un monde citadin!

mardi 4 août 1998

Lettre à Ignacio Ramonet - Le monde diplomatique

Montréal, le  4 août  1998
Lettre demeurée sans réponse ni publication

Ignacio Ramonet
Président et directeur de la publication
LE MONDE DIPLOMATIQUE
21 bis, rue Claude-Bernard
75242 Paris
France

LETTRE OUVERTE

Monsieur,
Je suis toujours intéressée par vos éditoriaux publiés dans Le monde diplomatique et fort consciente de l’engagement que sous-tend cette parole au sein d’un mondialisme exacerbé.

lundi 18 mai 1998

Quand la culture politique est anémique...

On ne peut mieux évaluer théorie et pratique que dans le rapport au réel. Pour un syndicat, il s’agira de vérifier ses valeurs ou profondeur culturelle dans le vif d’un rassemblement du calendrier. L’Assemblée Générale en est. Les théories deviennent palpables et dans l’entrechoquement, on est confronté à la vérité d’une culture.

Intéressée par le discours syndical, il m’aura fallu intégrer la fonction publique pour mieux cerner ce que sous-tend la pratique. Jusqu’à vérifier ce que ce discours ne peut (ou ne veut) révéler derrière les mots, dans les codes cachés et jusque dans l’astuce d’attitudes protectrices et de dernier ressort.

Mon propos fait lien avec l’assemblée générale des 28 et 29 avril, tout en dépassant l’événement. J’étais de la deuxième soirée (Région de Montréal) et l’une et l’autre avait pour but de ramener la base autour de la version finale d’une convention collective (1998-2002) à entériner. Selon des témoignages, je peux avancer que le rassemblement précédent s’était déroulé selon une même scénarisation. Bref, un document de 50 pages à cautionner ; la banderole affichant le retard idéologique du Syndicat de la Fonction Publique Québécoise (S.F.P.Q.) et les accrochages autour d’une procédure malmenant la démocratie.


Le syndicalisme est malade

Premier constat : L’écart existentiel entre base et structures hiérarchiques se partage entre l’indifférence et l’angoisse, entre l’indifférence et l’absence de crédibilité du syndicat. L’assistance aux assemblées ponctuelles peut varier entre une poignée d’individus venus se rassurer ou aux nouvelles (quelques centaines lors de la dernière assemblée). Parfois, entraînés d’autorité vers le rassemblement. Le ton de la convocation, voire l’imprécation peut faire la différence. Même les plus politisés restent de la base non fervente.

Deuxième constat : Les objectifs du discours sont diffusés selon deux modes. L’un est porteur des idéologies formalistes, et surtout diffusé par publications ou lors de rassemblements de masse. L’autre mode vient de rencontres ponctuelles et fait intervenir le lien entre base et théories d’une convention collective.

dimanche 1 mars 1998

Et si le droit au travail pour tous passait par... la mort de l'emploi?

Article paru dans l'Action nationale

Pouvons-nous soutenir que l'écart entre travail et emploi s'exacerbera dans les prochaines décennies? L'écart pouvant même se transformer en rivalités de droits entre citoyens/citoyennes. Droits, dont certains, pourraient se rattacher à l'inclusion ou l'exclusion. Au premier regard, l'écart demeure inapparent, mais les déchirures vont continuer de se faire par l'emploi et le mondialisme. L'écart mettra en compte jusqu'au clivage entre membres d'une même société par des valeurs en train de s'instaurer. Le profil est flou et chevauche sur deux polarités. D'un côté, le profil d'une civilisation humaniste capable d'intégrer la culture du travail. Ce qui exigerait la cohésion d'un plan visionnaire faisant avancer l'avenir du travail. De l'autre, celui d'une société hiérarchisée dans les privilèges de l'emploi, sans égard au tissu social. Une culture qui s'instaure dans le marchéage. Dans cette société, l'État cède le pouvoir au néolibéralisme. Le monde est sans frontière et dans la perspective de privilèges d'un modèle féodal rajeuni.

vendredi 1 novembre 1996

Derrière le multiculturalisme…le tendon d’Achille anglais

Revue  L’Action nationale  (Publication : Vol 9, Novembre 1996)
Par : Jeanne Gagnon

 
Le multiculturalisme est un faux débat. Tout le discours invoque l’ouverture quand un pouvoir «gommé » s’y dérobe. Pouvoir d’une minorité cachant l’enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir. Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d’une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs.  Fracture du miroir d’une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l’utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la « Tour de Babel » du prochain millénaire.  Fausse démocratie d’un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d’Achille bloque l’évolution d’une Amérique édénique quand on la compare à l’autre!  Et pourtant, cette « Amérique plus douce » dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s’échauffer jusqu’à devenir serre « bosniaque ».

Le tendon d’Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d’une vision dépassée.  D’une vision incapable de suivre les transformation d’un monde en mutations sur fin de millénaire. Évolution menant les petits États vers l’autonomie.  Dans la foulée de ce qui reste de manœuvres pour gouverner à l’heure d’Internet.

Des ténors s’égosillent pour nous convaincre d’un fédéralisme suranné. Sur les tribunes, on crie à fendre l’âme pour trouver des coupables alors qu’il faudrait ouvrir sur l’horizon d’une grande communauté acceptant l’identité à partir des origines du pays.  Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones.  Ce qui impliquerait des états souverains à l’intérieur d’une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme.  Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l’élan du peuple québécois n’en serait que plus légitime.

Nombreux auront été les Canadiens ayant gardé l’espoir du renouvellement d’une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité.  L’espoir s’envola avec Meech.  Les plus lucides savent qu’il y eut, avec Meech, fracture décisive.  Entre les coupables d’identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c’est-à-dire un peuple « aimable » en autant qu’il s’écrase.

Et pourtant, au fil des générations, quelques poignées d’intellectuels anglophones ont tenté d’élargir la vision du fédéralisme.  Cette vision tenait compte de l’histoire.  Encore récemment Des comptes à rendre entre les deux peuples sont remontés à la surface sous la plume d’un anglophone de l’Ontario. Discours qui met en relief ce que reconnaissent les plus ouverts. Propos nous ramenant à des faits que l’on veut occulter et dont voici un extrait :
« Les Canadiens anglais ont-ils la volonté politique d’entreprendre cette démarche? La première étape consiste à reconnaître que nous avons des dettes à payer à la nation québécoise. (…)  Reconnaissons-nous ce fait devant les descendants de ceux que nous avons conquis, reconquis et opprimés?  Devant les descendants que nous avons exploités comme main-d’œuvre à bon marché? Pouvons-nous offrir compensation pour les années de privilèges anglophones au Québec? Sommes-nous quittes pour la Loi sur les mesures de guerre, les manœuvres dirigées par nos services secrets contre le PQ et la trahison de 1981-1982?  Avons-nous effacé les injures et les affronts qui ont suivi l’échec de Meech? Sommes-nous allés aussi loin que nous le pouvions lors de Charlottetown? Pouvons-nous affirmer, en conscience, que nous sommes, devant l’histoire, sans tache devant les Québécois? » [1]

Voix isolée parmi d’autres de la grande communauté anglophone, Conway et tous les autres n’auront pu briser l’écart ou encore favoriser un leadership susceptible de provoquer l’entente. Toujours, la majorité anglophone sera demeurée réfractaire à l’autonomie du Québec.

Le multiculturalisme

Le multicultualisme répond bien aux menaces ressenties par la minorité anglophone du Québec.  Minorité soudée au Canada-anglais par ses origines, celle-ci devra néanmoins répondre de la « Babellisation » du Canada, de même que de la spoliation d’un héritage orienté par les Pères de la Confédération.  Aujourd’hui, la politique du multiculturalisme s’est fait des adeptes tout en développant l’intolérance.  Elle est devenue le creuset capable de générer la violence sourde d’une poudrière, l’intolérance échauffant les esprits autour de l’ethnicité.

Le peuple anglais pourra-t-il jamais progresser vers une certaine idée du fédéralisme qui soit, sinon en avance, du moins d’époque?  Il faudrait tout d’abord voir aux faiblesses du tendon d’Achille.  Là où se joue l’idéologie du pouvoir « Coast to Coast » et de l’autorité de l’État.

Dénoncée il y a 25 ans, la faiblesse du tendon d’Achille est manifestement le signe du peu « d’image de soi » de ce peuple de dire un ancien de l’Université de Toronto. Ce dernier mettant en relief les traits suivants :
« La grande faiblesse du Canada anglais, à l’entrée de ces négociations, est la pauvreté de son image et de son sens de lui-même. Au lieu de se concentrer directement sur sa propre survivance culturelle et économique, il continue malheureusement à s’attacher au plus petit commun dénominateur, à savoir son propre territoire et son autorité sur ce territoire »  [2]

Et que découvre-t-on encore aujourd’hui? On découvre que rien n’a changé, bref « le bras étatique » du Canada-anglais ergote toujours sur les hantises du tendon d’Achille, à savoir dans la jactance de l’autorité et du territoire. Faiblesse qui n’a qu’une volonté : assimiler un certain peuple sous couvert de multiculturalisme. Par contre, dans le multiculturalisme, certains estiment percevoir une nouvelle idéologie ou Marxisme rebaptisé.  Et de l’avis de Dînés D’Souza, ce nouveau marxisme ne parlerait plus en terme de division des classes sociales mais plutôt de division entre ethnies. [3]

Malheureusement, le discours du multiculturalisme nous desservira tous tant que nous sommes. Car nous sommes de cet espace qu’on appelle « L’Amérique plus douce ». Cella à laquelle faisait référence Keith Spicer lors d’une interview par Denise Bombardier. C’était en avril dernier sur les ondes de Radio-Canada FM.

Ne serait-il pas urgent d’afficher l’identité de l’un et l’autre peuple en toute transparence? Ne serait-il pas urgent de voir le fédéralisme dans le prisme agrandi du IIIe millénaire? Là où se joue projet politique et souveraineté d’un peuple Cette transparence n’aurait plus à composer de manipulation en manipulation sur le dos des immigrants. Les « comptes à rendre » impliquant d’abord deux peuples. L’immigrant(e) adhérerait à l’une ou l’autre communauté par affinité culturelle ou politique et l’évolution d’une civilisation ferait le reste.

Si, avec la séparation du Québec, survenait le durcissement inexorable que laissent planer certains milieux fédéralistes, il faut penser que le Québec souverain en serait pénalisé.  Par contre, cette radicalisation desservirait aussi le Canada-anglais qui, dans la nouvelle conjoncture, ne pourrait que provoquer la fin de cette « Amérique plus douce ». Voisin nordique de l’autre Amérique, le Canada serait devenu bien fragile au « Big Brother » dont les idéaux de démocratie sont de plus en plus du concept dominant lié au « market democracy ». [4] 


Le décalage dans le temps

Certes, on ne peut que s’inquiéter avec Keith Spicer des influences qui joueront sur le devenir de cette « Amérique plus douce ». La nouvelle ère pourrait obliger aux affrontements. Déjà la carte délétère du multiculturalisme nous le fait pressentir.  Viendra un temps où le tendon d’Achille de l’Anglais n’aura plus d’autres ressources que de se fondre dans la foulée d’un « Big Brother » servant plus la richesse que la culture! Le Canada, lui-même affaibli dans ce qu’il pouvait présenter culturellement, à travers ses origines, cherchera vainement des « coupables » ou des « loyalistes » pour sauver les meubles. Il sera trop tard…comme en Autriche! L’isolement ou l’avalement aura fait son œuvre. Le Conquérant aura raté le virage à travers les manipulations. Coupable d’intolérance envers le Québec, l’Anglais aura rompu avec l’héritage d’un sol fertile en boutures mais qui ne pouvait nier sa couche basale sans passer par la sécession de l’État du Québec.

Nous sommes revenus du rêve appelé « Le beau risque ». Il nous faut maintenant un dernier sursaut pour empêcher l’avalement. Je compatis à l’angoisse de Keith Spicer mais, à l’encontre de cet homme pour qui j’ai une certaine admiration, je sais que le Québec se doit d’avancer dans ses mémoires.

Par contre, en comparant ce pays à l’Autriche, il m’oblige à évoquer la lenteur du peuple Anglais à se mettre dans le temps du IIIe millénaire.  D’une part, parce que ce pays tente de pratiquer une politique internationale alors que sa politique intérieure est une faillite. Cette faiblesse crée des zones d’ombres tout comme en Autriche. Ce que des historiens ont dit pour l’Autriche pourrait autant être évoqué pour le Canada, à savoir que peut-être le Canada aura-t-il, lui aussi, pratiqué trop tôt la politique internationale.  Ce qui a fait dire aux historiens par rapport aux Habsbourg : « Ils n’auront pas su choisir. Ils ont été internationaux trop tôt et nationaux trop tard. Ce lent processus de désintégration du pouvoir autrichien aura duré mille ans. «  [5]  La préface de Morand le relate ainsi : « Mille ans de luttes pour l’Europe; mille ans de missions européennes; mille ans de foi européenne. [6] La désintégration du Canada n’attendra pas si longtemps!

Qui pourrait nier cette évidence à l’effet qu’un peuple doive, un jour ou l’autre, tenir compte de ses mémoires? Revenir à son identité à travers toute évolution n’est que juste part des mutations à travers le temps traversant toute civilisation. Dimension dont traite Hanna Arendt dans une publication autour de la culture. [7]

Certes, tout peuple avance entre mémoires et aspirations.  Claude Julien en faisait l’illustration dans un récent article. Propos où il compare les aspirations contradictoires de la Communauté européenne à celles des États-Unis d’Amérique.  Pour convenir que ce qui est bon pour les États-Unis d’Amérique ne pourrait l’être pour la Communauté européenne. [8]  Ainsi peut-on parodier en alléguant : ce qui est bon pour le Canada-anglais ne peut l’être pour le Québec; ce qui est bon pour l’autre Amérique ne peut l’être pour le Canada-anglais.

Le prochain référendum reste un autre pont. Il nécessitera aussi plus de concertations, plus de contacts avec la base, plus de compréhension entre Québécois et Québécoises de toutes les composantes ethniques.  S’il faut reconnaître l’apport de toutes ces cultures, on ne pourra pour autant nier l’identité d’un peuple forant la couche basale du Québec.

Si pour ce peuple, être conséquent exige de maintenir la Loi 101, gardons-nous toutefois de verser dans la négativité de l’Ombre, c’est-à-dire en négligeant ce qu’il y a d’atouts derrière la connaissance d’une langue.  D’autant plus que cette langue est devenue celle des marchés. Le plus humble citoyen devra, n’en doutons pas, élargir son horizon pour communiquer avec le village planétaire. L’apprentissage fait d’une pierre deux coups, car en préparant les individus à s’engager dans le labyrinthe des marchés internationaux, il nus sort du nationalisme frileux. Toute langue restant un pont entre individus et sociétés.

Il faut préparer les générations  à venir dans la connaissance et l’identité. L’Éducation reste le chemin qui servira tant le politique que la connaissance. Par contre, l’école québécoise souffre de carences graves. Lise Bissonnette vient souvent nous le rappeler. Le projet de société passe par ce creuset de la cohésion. L’oublier, c’est se confiner dans les classes affaiblies, dans l’enseignement inégal, dans les classes surpeuplées où l’enseignant se perçoit dans la solitude, parfois même jusqu’à l’aliénation. Celui ou celle qui devrait aimer sa tâche et l’espace-temps du Savoir est contraint à haïr son quotidien. Certains lieux étant infernaux par absence d’encadrement. Souvent dans la demesure d’un pouvoir renversé par le bas.


Conclusion

Par delà le fédéralisme et son miroir, il y a Lucien Bouchard. Son discours rassemble les québécois de plusieurs tendances. Il représente cette dualité de l’âme québécoise, à savoir tolérance et fierté. Et si, par lui, survient cette réconciliation souhaitable entre le Québec et Ottawa, celle-ci ne pourra faire abstraction ni de la démocratie, ni de l’identité d’un peuple.

Courage et fierté nous seront demandés. Monsieur Parizeau aura eu cette fierté, c’est-à-dire ce courage à travers le langage. Car les mots prononcés le soir du Référendum reflétaient une facette du miroir. L’autre versant étant celui de nos propres faiblesses. Modèle de courage, s’il en est, pour l’identité manifestée; ensuite pour le refus de nier le sens profond du message.


Je termine en citant l’extrait d’un texte très évocateur de mémoires. Un texte d’un philosophe québécois qui, pour avoir vécu longtemps en France, aura reconnu sa propre vérité quelque part entre l’exil et le retour aux sources. Retour ou évolution vers l’identité dont le processus ramène à ce que le Québécois veut reconnaître, consciemment ou inconsciemment, dans son désir de demeurer au sein du Canada. Ce qui implique le besoin inaliénable d’affirmation de mémoires et d’aspirations pour l’avenir du pays. Malgré ce que d’aucuns appellent « avantages » du « Coast to Coast ». Car l’identité refuse toute culpabilité. Plus encore, elle exige de se reconnaître dans l’espace-temps. Long trajet dont cette phrase témoigne de façon troublante : « Il nous faudra réapprendre à aimer le Québec, sans complaisance mais avec compassion, comme on porte un enfant dans ses bras, en tenant la tête haute. [9]






[1]  Des comptes à rendre (p. 273) John F. Conway, VLB.
[2]   De quoi le nationalisme canadien-anglais est-il fait? (Abraham Rotstein, Le Devoir, 2 février 1978).
[3]   Marx est vivant (Journal VOIR, 6 mai 1993).
[4]   (…) la démocratie fondée sur la citoyenneté céderait la place à ce que les Américains appellent « market democracy » - Une Europe des Citoyens, l’Outil et le projet, par Claude Julien – Le monde diplomatique, avril 1996 (pp. 17).
[5]   La Dame blanche, p. 30. – Auteur : Paul Morand – Éditions Robert Laffont (1963).
[6]   La Dame blanche des Habsbourg – Préface de Hugo Von Hofmansthall
[7]   La crise de la culture (Hanna Arendt)
[8]   Une Europe des Citoyens, l’Outil et le projet – par Claude Julien – Le monde diplomatique – avril 1996 (pp. 16-17).
[9]   Ce pays comme un enfant…- Serge Cantin – Revue Liberté, numéro 175 – 1990.

mercredi 2 octobre 1996

Le tendon d’Achille du Canada anglais

La politique du multiculturalisme ne vise qu’à assimiler les francophones
Le multiculturalisme est un faux débat. Tout le discours invoque l'ouverture quand un pouvoir «gommé» s'y dérobe. Pouvoir d'une minorité cachant l'enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir. Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d'une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs. Fracture du miroir d'une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l'utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la «Tour de Babel» du prochain millénaire. Fausse démocratie d'un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d'Achille bloque l'évolution d'une Amérique édénique quand on la compare à l'autre! Et pourtant, cette «Amérique plus douce» dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s'échauffer jusqu'à devenir serre «bosniaque».

Le tendon d'Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d'une vision dépassée. D'une vision incapable de suivre les transformations d'un monde en mutations sur fin de millénaire. Évolution menant les petits États vers l'autonomie. Dans la foulée de ce qui reste de manœuvres pour gouverner à l'heure d'Internet.

Des ténors s'égosillent pour nous convaincre d'un fédéralisme suranné. Sur les tribunes, on crie à fendre l'âme pour trouver des coupables alors qu'il faudrait ouvrir sur l'horizon d'une grande communauté acceptant l'identité à partir des origines du pays. Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones. Ce qui impliquerait des états souverains à l'intérieur d'une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme. Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l'élan du peuple québécois n'en serait que plus légitime.

Nombreux auront été les canadiens ayant gardé l'espoir du renouvellement d'une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité. L'espoir s'envola avec Meech. Les plus lucides savent qu'il y eut, avec Meech, fracture décisive. Entre les coupables d'identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c'est-à-dire un peuple «aimable» en autant qu'il s'écrase.